La soutane est aussi organiquement héritière
Le Forum Catholique
Imprimer le Fil Complet
JVJ - 2022-08-10 12:16:42
La soutane est aussi organiquement héritière
des habits portés par les apôtres dont on a même les photos et les descriptions.
Vous pourrez toujours dire aux enfants que le casimir est l'héritier du lin ou de la laine porté par les pécheurs de tel lac de Terre Sainte. Et que les tableaux de la Cène font injure au noir ecclésiastique. Il ne faut pas être historiciste à moitié. Certains connaissent même la couleur des cheveux du Sauveur et la couleur des habits ordinaires de la Vierge.
C'est du même acabit que ceux qui hyperdulent la messe de St-Pie V au moment de sa création, alors qu'elle est venue aligner des milliers de missels. Cette messe a une histoire romaine, or Rome n'épuise pas la chrétienté ! Pie V n'a pas convoqué des experts de partout pour fusionner ce qui existait...
Dire cela, ce n'est tout de même pas s'en prendre à cette messe !
Eh ben si, je crois, pour les gardiens du temple.
Quand les archéologues ont expliqué qu'il n'était pas prudent de considérer que le mur des Lamentations ne remontait pas au Temple de Jérusalem... C'était aller contre la Tradition.
Si j'étais juif, j'imagine que j'irais, mais je ne prendrais pas les archéologues pour des sataniques...
Un excellent livre récent nous explique même que cette esplanade est toute récente, au profit d'expropriations des Palestiniens.
Je connais quelques prêtres qui disent ou ont dit la messe du côté de Chartres, et dans les deux formes, je n'en connais aucun qui ait répété ce que les chanoines ont inventé au XVe s. pour dire que leur cathédrale avait été dédiée à la foi chrétienne avant même l'Incarnation. J'ai même décortiqué cela, avant d'être relu par une batterie d'universitaires.
Oui, mais la Tradition dit que !
On comprend ce que les chanoines voulaient dire, d'accord, au sujet de l'ancienneté du lieu. La filiation druidique ne remonte pas au-delà du XIVe s.
Ainsi, si jamais vous croisez des gens sérieux, liturgistes ou même liturges, pas un ne dira que la messe de St-Pie V est le fruit d'un développement harmonieux depuis le Jeudi Saint. Organique permet d'y voir une filiation, un fil conducteur, alors que ne sait rien sur des siècles et des espaces entiers. Les temps apostoliques sont invoqués pour produire le mystère et faire taire comme argument d'autorité, comme un vulgaire protestant.
J'en reviens toujours à mon élévation de l'hostie qu'aucun saint prêtre d'avant 1180 n'a faite. Et que les chartreux n'ont faite que vers 1300. C'est un tempérament d'Ancien Régime et du temps de l'imprimerie qui veut tout égaliser.
Un moderniste ou un contemporanéiste lit peu sur la période médiévale, tandis que la réciproque est moins vraie. Même l'excellent Guillaume Cuchet en est encore à vénérer les travaux du très discutable Delumeau, qui a même osé écrire sur la période médiévale. Quand on lit des personnes citer encore en 2022 Le Goff et Duby, on sait que leur horloge s'est arrêtée à leurs études dans le supérieur dans les années 80.
Les cardinaux et la messe de St-Pie V ne sont pas dans les Evangiles et ce n'est pas le problème. Cela tombe bien, je suis catholique, héritier de deux mille ans, pas seulement du premier siècle (et je n'ouvre pas l'exégèse sur la paternité de certains textes et même de certaines lettres du N.T.).
Il n'y avait pas de banc autrefois, mais j'aime bien ce petit confort (gratuit) qui me manque quand je vais chez les orthodoxes. J'imagine qu'il faut aussi regretter la fin des locations de chaises... Un tradi n'ayant pas de paroisse à proprement parler, cela tombe bien. Toutes les places sont bonnes.
Je conseille en lecture d'été l'histoire des curés, à laquelle a participé Luc Perrin pour l'époque contemporaine. Histoire des curés avant même que la chose n'existe ! Le premier qui me dit que le curé actuel ou de 1950 a une relation organique, génésique, génétique avec le capellanus normand marié et qui transmet ses droits à son fils au XIe s. a partiellement raison. Et si on me dit comment se déroulait la vie religieuse dans les campagnes suédoises du XIe s. ou bretonnes du XVe s., je suis preneur. Et je n'admire pas les catholiques qui considèrent le curé gréco-melkite ou maronite d'aujourd'hui, époux et père, comme un sous-prêtre catholique. Notre discipline est autrement plus hypocrite et somme toute récente à l'échelle des deux mille ans. Dans certains pays catholiques africains, la moitié du clergé a une famille à nourrir et ne peut monnayer ses conférences. Nous, nous déplaçons pour étude ou nous faisons changer d'incardination. Pour les liaisons avec un homme, on laisse faire. Et on a vu pour des relations plus glauques encore ou plus criminelles. Je ne rappelle pas les notices d'Yves Chiron pour le VOM contemporain... Dire la messe traditionnelle n'exempte et n'exempta jamais d'être indigne, malgré les constructions du XIe s. qui rendent la messe presque toujours valide, quelle que soit la vie du prêtre (ce qui est bien commode).
Paul VI est un bricolage permissif à souhait, c'est entendu. Il faudrait que des journalistes ou liturgistes honnêtes viennent avec le missel à la messe d'évêques ou de curés en vue, et pointer tout ce qui cloche. En 2022 ! Or ce travail n'est pas fait pour mettre St-Anselme ou l'ICP devant les réalités.
L'image est belle, mais pour vendre ou repousse, on aurait pu mettre des photos de prêtre en péquin lisant leur iphone dans la rue.
On ne voit plus de prêtres lire leur bréviaire dans la rue, même dans le Ve arrondissement que j'ai pourtant arpenté des années. Quand je saluais ces messieurs par principe, c'est à peine s'ils n'étaient pas déjà cent mètres plus loin.
J'ai pourtant connu un prêtre, passé au NOM (bouh !), qui lisait son bréviaire en latin dans ma voiture malgré les virages de la Comté et de Bourgogne ducale. Ceux qui ont connu l'abbé Barbotin savent qu'insulter par principe le clergé qui dit le NOM, revient aussi à insulter ce prêtre aussi bien que Benoît XVI. Et ils insultent aussi Aristote en passant, mais c'est moins grave. Il y a des séminaires traditionnalistes qui ont donc été bien lestes dans le recrutement de leurs professeurs ! Des ralliés, pas étonnant...
Les maniaques qui veulent à tout prix voir un développement organique d'une messe avant les seize siècles qui la précèdent, seront coincés quand ils liront, un jour, les traités que les cardinaux pondaient pour dire qu'ils étaient, eux, les successeurs des apôtres, non les évêques ! Et que dire de l'invention de St Jérôme, proto-cardinal.
Si quelqu'un connaît des études récentes sur l'expression éculée faisant des évêques les successeurs des apôtres, je suis preneur pour compléter ce dossier. Je ne lis pas le croate.
Un grand universitaire avait dit au moment du café que les évêques étaient bien les successeurs des apôtres, car il y avait un traître dès le début...
Je n'ai jamais compris la superstition de ceux qui voulaient à tout prix faire remonter la succession dans les sacres épiscopaux, puisque cela finit toujours par coincer. Il y a même des sites qui adorent faire cela.
J'ai compris en revanche pourquoi au XIe s. on se dépêche d'inventer des listes épiscopales ininterrompues depuis les temps apostoliques. Cela coince pour les diocèses pas encore créés ou de fondation carolingienne. Idem pour les papes, d'ailleurs. Il fallait même boucher les vacances causées par les invasions nordiques. La généalogie ininterrompue vous dis-je ! Le savoir, ce n'est pas grave du tout et cela ne transforme pas en moderniste ou réformé. Le savoir et professer le contraire, c'est malhonnête. L'ignorer alors qu'on devrait le savoir, aussi.
Un vrai puriste doit supprimer les chapitres de sa bible latine. Invention médiévale. La Bible a aussi une histoire... Et il va de soi que les quatre Evangiles pouvaient se trouver copier ensemble dès le premier siècle et même le troisième. St Pothin, comme son nom l'indique, disait sa messe en latin, comme st Pie V. C'est génétique et organique.
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=950887