Effectivement, c'est du beau charabia

Le Forum Catholique

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Polydamas -  2022-07-01 16:26:52

Effectivement, c'est du beau charabia


Au paragraphe 57 François écrit que célébrer « l’Eucharistie, c’est être plongé dans la fournaise de l’amour de Dieu. Lorsqu’il nous sera donné de comprendre cette réalité, ou même simplement d’en avoir l’intuition, nous n’aurons certainement plus besoin d’un Directoire qui nous imposerait le comportement adéquat. Si nous en avons besoin, c’est à cause de la dureté de notre cœur. La norme la plus élevée, et donc la plus exigeante, est la réalité même de la célébration eucharistique, qui sélectionne les mots, les gestes, les sentiments qui nous feront comprendre si notre usage de ceux-ci est ou non à la hauteur de la réalité qu’ils servent. Il est évident que cela ne s’improvise pas. C’est un art [qui] demande un entretien assidu du feu de l’amour du Seigneur qu’il est venu allumer sur la terre (cf. Lc 12, 49) ».


Si on reprend les exacts arguments du pape, justement le rite tridentin n'est pas improvisé, tous ses gestes et paroles ont été sélectionnés par l'un des meilleurs maîtres qui soient : le temps. Or, tous ses gestes sont abondamment chargés de signification, de symbolique et même de forces, de forces de charité. Beaucoup plus que dans le rite paulinien.



On comprend dans cette perspective pourquoi, comme l’affirme le pape, aucun « retour » à la forme préconciliaire n’est possible. Pourquoi aussi le refus « par principe » de célébrer avec le missel de Paul VI implique davantage qu’une réserve de nature ecclésiologique (cf. § 31). Pourquoi enfin la Lettre apostolique consacre peu de lignes à la querelle liturgique autour du rite tridentin.


Son "On comprend pourquoi aucun retour à la forme préconciliaire n'est possible" n'a aucun lien avec le paragraphe précédent. Il faudrait sous-entendre alors que le rite tridentin n'est pas capable de transmettre l'amour de Dieu pour l'homme ou celui de l'homme pour Dieu, ce qui n'a aucun sens. Cela voudrait dire que le vetus ordo missae transmettrait moins ou moins bien l'amour divin depuis 1500 ans que le novus ordo. Ce qui demande au minimum confirmation.



Ce qui est en jeu, au plus profond, c’est la charité – l’amour de Dieu avant l’attachement à une forme célébratoire, aussi belle soit-elle. Ce qui doit brûler dans la « fournaise de l’amour de Dieu », ce sont nos projections, nos faux dieux, nos désirs insuffisants. Nos idoles finalement. Il y a quelque chose de la radicalité du regard d’Ignace après son expérience de Manrèse dans celui que François porte sur la liturgie, tempéré, mais à peine, par la douceur de François d’Assise. À quoi sert la liturgie ? À faire de nous des hommes et des femmes de désirs – mieux : à prendre conscience que depuis toujours nous sommes désirés par Dieu.


Moui, on pourrait lui rétorquer exactement l'inverse, si seule la charité compte, alors peu importe sa manière de s'exprimer, que ce soit par le rite tridentin ou le rite paulinien, ce serait plutôt une justification de la cohabitation des deux rites, pas l'exclusion de la plus ancienne. On peut tous être d'accord que seul l'amour compte, mais avec quelle manière cette transmission de l'amour divin est-elle la plus efficace ? Pas certain que ce soit avec un rite peu patiné par le temps, je dirais plutôt que c'est celui qui a fait ses preuves qui est le plus adapté.
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