Avez-vous bien lu et compris?

Le Forum Catholique

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The wild rover -  2022-04-09 10:53:20

Avez-vous bien lu et compris?

Il semble que vous n'avez pas bien compris ce que disait votre interlocuteur Baudelaire. Il ne parlait pas de la moralité de tel ou tel candidat, mais de la perversité d'un régime en son temps qualifié d'inique par Aristote, et Saint Thomas d'Aquin. Deux autorités auxquelles les catholiques accorde normalement un certain crédit.
Dès lors, dans un tel système, le vote peut être un acte moralement indifférent, mais il ne l'est pas sur le plan politique. Le principe "one man, one vote" exprime, ni plus ni moins, l'individualisme grossier de la modernité libérale.

Ensuite, peut-on transposer à la politique un raisonnement moral relativement alambiqué (je pense ici que les moralistes ont pris la fâcheuse habitude de raisonner en juristes...) et élaboré pour répondre à une question très précise et délicate?

J'en viens à votre phrase la plus problématique, d'autant qu'elle constitue la prémisse de votre raisonnement : "Le choix du candidat le moins mauvais n'est pas choisir entre deux actes moraux intrinsèquement mauvais, ce qui serait évidemment inacceptable, mais poser un acte qui aura des conséquences bonnes et malheureusement aussi des mauvaises".

1) Cela ne désarme pas du tout l'objection (et l'abjection!), car choisir le moins mauvais, c'est toujours faire le choix de désigner un candidat mauvais.

2) Votre propos se fonde sur un raisonnement conséquentialiste très contestable. Peut-on prendre de mauvais moyens (voter pour un candidat mauvais, fut-il le moins mauvais) pour une fin bonne?

3) Vous l'admettez, les conséquences d'un tel choix - celui du moins mauvais - seraient à la fois bonnes et mauvaises. Mais, le bien qui découlerait (il faut évidemment parler au conditionnel en démocratie...) d'un tel choix serait-il supérieur au mal engendré? Voilà un pari bien risqué.

4) Votre raisonnement sur le volontaire direct et indirect est incontestablement savant et donne le tournis. Mais il est appliqué, dans l'exemple que vous donnez, à une situation où la vie est immédiatement en jeu. On ne peut l'utiliser dans l'équation politique présente, qui est assez différente : nous ne sommes pas face à la mort imminente, mais plongés dans une agonie qui n'en finit pas. La seule alternative que le vote nous présente ici : faire le choix d'une mort lente en gagnant encore un peu de temps grâce à l'administration de puissants sédatifs, ou hâter la fin. A ce titre, je rappelle que sous la IIIe République, certains légitimistes désabusés ont fait le choix de la politique du pire en votant systématiquement les lois les plus mauvaises, pour précipiter la destruction du système qu'ils combattaient.
Je suis certain que l'on pourrait tout aussi bien justifier ce genre de pratiques avec un peu d'ingéniosité logicienne et jésuitique...

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