Confus et caricatural

Le Forum Catholique

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Peregrinus -  2021-11-16 19:27:59

Confus et caricatural

D'une part, si vous lisez bien Jean-Pierre Chantin, vous vous apercevrez qu'il tend à récuser le terme de Petite Église pour lui préférer le terme d'anticoncordataires. À l'époque on disait souvent anticoncordatistes. Cette précaution terminologique n'est pas totalement infondée. Des évêques ont pu refuser la démission exigée de Rome sans pour autant se lancer dans la dissidence active dont le blanchardisme ou la Petite-Église des Deux-Sèvres ont donné l'exemple. Des prêtres ont pu se contenter de se tenir à l'écart de la réorganisation, parfois en raison de la personnalité du prélat concordataire. D'autres se sont ralliés à l'organisation concordataire après le décès en exil de leur évêque non démissionnaire. J'en ai des exemples.


Les prêtres guillotinés durant la Révolution étaient plus proches de la Petite Eglise que de l'Eglise concordataire ! Comme d'autres parlent de l'Eglise conciliaire...



Cela reste à voir. La réalité est que le clergé réfractaire était divers, depuis le début. Des nuances sont observables dans l'épiscopat dès les mois qui suivent l'adoption de la Constitution civile du clergé le 12 juillet 1790. Au moment de la crise du serment, certains prêtres prêtent le serment restrictif, en exceptant de leur serment tout ce qui serait contraire à la foi catholique et à la discipline de l'Église. Dans les départements massivement jureurs, la plupart des réfractaires sont des prêtres ayant fait le serment restrictif, proposé par l'évêque de Clermont Mgr de Bonal, mais rejeté par la Constituante.

Les divisions s'accroissent après le 10 août 1792 avec le serment de liberté-égalité. Le clergé réfractaire parisien mené par Monsieur Émery, qui ne manquait pourtant pas de courage, l'a accepté et plusieurs docteurs de Sorbonne se sont attachés à justifier cette position, déterminant de nombreux prêtres réfractaire à suivre cette voie. Plusieurs d'entre eux ont été aux pontons à Rochefort en 1794.

Les promesses de fidélité, puis le serment fructidorien de haine, et enfin le serment de fidélité à la Constitution de l'an VIII ont à chaque fois multiplié les occasions de dissensions dont est sortie la dissidence anticoncordataire. Il faut noter d'ailleurs que le clergé resté sur le terrain adopte généralement des positions moins intransigeantes que le clergé émigré ou déporté à l'étranger (voir les travaux de l'abbé Plongeron sur la question).

L'abbé Dubourg, chanoine et grand vicaire de Toulouse, par la suite évêque concordataire de Limoges en 1802, a passé toute la Terreur dans la clandestinité à Toulouse tout en créant des réseaux de soutien aux prêtres et aux religieuses fidèles et en circulant de nuit dans la ville sans cesser de porter la soutane alors que sa tête était mise à prix.

À Grenoble, plusieurs chanoines de la collégiale de Saint-André, qui se sont conduits en confesseurs de la foi pendant la Révolution, ont été les premiers collaborateurs de l'évêque concordataire à son arrivée en 1802. Etc., etc.

Bref, s'il ne faut pas caricaturer les anticoncordataires, pour lesquels on ne peut s'empêcher d'éprouver une certaine sympathie - leurs arguments n'avaient rien d'absurde - il faut se garder des caricatures en sens inverse.

Peregrinus
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