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Voilà les directives du Concile: à tous elles peuvent donner matière à réflexion. Parmi un nombre de liturgistes modernes il y a malheureusement une tendance à développer les idées du Concile dans une seule direction; en agissant ainsi, on finira par renverser les intentions du Concile. La position du prêtre est réduite par quelques-uns au pur fonctionnel. Le fait que le Corps du Christ tout entier est le sujet de la liturgie, est souvent déformé au point que la communauté locale devient le sujet autosuffisant de la liturgie et en distribue les divers rôles. Il existe aussi une tendance dangereuse à minimaliser le caractère sacrificiel de la Messe et de faire disparaître le mystère et le sacré, sous le prétexte, soi-disant impératif, de se faire comprendre plus facilement. Enfin, on constate la tendance à fragmenter la liturgie et à souligner unilatéralement son caractère communautaire, en donnant à l’assemblée le pouvoir de décider sur la célébration.
Mais heureusement, il y a aussi un certain dégoût du rationalisme plein de banalité et du pragmatisme de certains liturgistes, soient-ils théoriciens ou praticiens, et on constate un retour au mystère, à l’adoration et au sacré, et au caractère cosmique et eschatologique de la liturgie, dont témoigne l’Oxford-Declaration on Liturgy de 1996. D'autre part, il faut admettre que la célébration de l’ancienne liturgie s’était égarée trop dans le domaine de l’individualisme et du privé, et que la communion entre prêtre et fidèles était insuffisante. J’ai un grand respect pour nos aïeux, qui disaient durant les messes basses les « Prières pendant la messe », que leur livre de prières proposait, — mais certainement on ne peut considérer cela comme l’idéal de la célébration liturgique! Peut-être, ces formes réduites de célébration sont la raison profonde pour laquelle la disparition des livres liturgiques anciens n’a eu aucune importance dans beaucoup de pays et n’a causé aucune douleur. On n’a jamais été en contact avec la liturgie elle-même. D’autre part, là où le Mouvement liturgique avait créé un certain amour pour la liturgie, — là où ce mouvement avait anticipé les idées essentielles du Concile, comme par exemple la participation priante de tous à l’action liturgique, — là était plus grande la douleur face à une réforme liturgique entreprise trop en hâte et se limitant souvent à l’aspect extérieur. Là où le Mouvement liturgique n’a jamais existé, la réforme n’a d’abord pas posé de problème. Les problèmes se sont posés seulement de façon sporadique là où une créativité sauvage a fait disparaître le mystère sacré.