Le Forum Catholique
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Ptitlu - 2021-06-23 12:01:25
Article d'Ariane Chemin
Voilà
Elle ne sait toujours pas pourquoi, à Rome, l’influent cardinal Marc Ouellet a pris cette sanction aussi rare que radicale qui la condamne à quitter les dominicaines du Saint-Esprit.
« Après étude attentive, le Saint-Père a décidé de rejeter votre supplique. » Le Vatican n’a pas donné suite au « recours » d’une dominicaine de Pontcallec (Morbihan), mère Marie Ferréol (née Sabine Baudin de la Valette), qui s’était adressée au pape François après son renvoi brutal et sans explication des dominicaines du Saint-Esprit, communauté traditionaliste qui coiffe plusieurs établissements d’enseignement comme l’école Saint-Pie-X à Saint-Cloud, dans les Hauts-de-Seine. Parvenue à l’intéressée vendredi 18 juin, l’annonce de cette sanction, aussi rare que radicale, a été faite le lundi soir suivant aux autres sœurs de l’Institut.
Lire l’enquête : « Je tremble d’être définitivement chassée de ma vocation » : chez les dominicaines du Saint-Esprit, une religieuse dans la tempête
C’est le père de l’abbaye bénédictine de Notre-Dame de Randol, dans le Puy-de-Dôme, où la religieuse est « assignée » à résidence depuis janvier, qui a été chargé par Rome de remettre la lettre à la religieuse. Datée du 2 juin, signée par le substitut de la secrétaire d’Etat (sorte de ministre des affaires intérieures du Vatican), Edgar Peña Parra, elle confirme de manière laconique l’expulsion réclamée par Mgr Marc Ouellet, l’un des cardinaux les plus influents de la curie romaine, qui avait auparavant dépêché en « inspection » chez les dominicaines un de ses proches, Jean-Charles Nault, abbé de Saint-Wandrille, en Normandie. Puis le cardinal Ouellet avait signé lui-même un décret de renvoi définitif de la religieuse, le 22 avril (quoiqu’il ne soit pas chargé des communautés du type de Pontcallec, mais préfet de la Congrégation pour les évêques).
Ce cardinal, qui vient de fêter ses 77 ans, entretient des relations intellectuelles privilégiées avec une religieuse de cette communauté, Emilie d’Arvieu, alias mère Marie de l’Assomption. Il la reçoit régulièrement à Rome et a personnellement préfacé sa thèse, tandis que cette professeure de philosophie l’aide pour des travaux divers, secrétariat ou organisation de symposiums, comme celui consacré aux « vocations », où elle interviendra aux côtés de Mgr Ouellet en février 2022. Cette religieuse entretient des différends théologiques avec Marie Ferréol sur la lecture de saint Thomas d’Aquin et ne cache guère (selon plusieurs témoignages nominatifs recueillis par la défense de la religieuse pourchassée, que Le Monde a consultés) l’animosité qu’elle lui porte.
« J’aimerais savoir pourquoi on me chasse… »
Est-ce la raison pour laquelle mère Marie Ferréol doit quitter l’habit et cette communauté où elle est entrée il y a trente-quatre ans ? A la Toussaint 2020, la religieuse avait été « exfiltrée » de Pontcallec vers l’abbaye de Solesmes (Sarthe), sans qu’elle puisse prévenir ses proches. C’est à la suite de deux plaintes déposées par sa famille, inquiète, à la gendarmerie que ce lieu de réclusion avait finalement été rendu public, avant qu’elle ne soit assignée en Auvergne, à Randol. Interrogé sur la « faute grave » que la religieuse aurait commise, l’« inspecteur » Dom Nault nous avait seulement précisé qu’il ne s’agissait pas d’un problème « sexuel » ou de mœurs. Il répand désormais chez lui, à Saint-Wandrille, la rumeur que la victime, « manipulatrice », fomentait une « scission » : un reproche dont il n’a parlé ni au Monde ni à l’intéressée.
Lire aussi: L’appel de François Sureau au pape, après l’expulsion d’une religieuse de Pontcallec : « On a transformé le droit canon en chiffon de papier »
Le pape a-t-il suivi lui-même cette affaire, comme l’assurent ceux qui condamnent la religieuse ? L’avocate de la religieuse, Adeline Le Gouvello, en doute. « Cette réponse est à l’image du reste du dossier : elle s’écarte de toutes les règles. Juridiquement, on ne voit pas comment un simple courrier – non motivé – pourrait venir confirmer un décret et c’est pourtant ce qu’il énonce… Je note aussi qu’elle n’est même pas signée par le pape… » La lettre n’a transité ni par la poste vaticane ni par la nonciature de Paris. Interrogé par Le Monde, le nonce apostolique de Paris, Celestino Migliore, n’a pas souhaité préciser à quel destinataire précis la supplique et l’épais dossier de recours avaient été remis.
« Sœur Marie Ferréol n’a toujours pas connaissance des faits qui lui sont reprochés, mais elle est condamnée, s’offusque Me Le Gouvello. Elle n’a jamais été entendue, mais elle est renvoyée. Quels que soient les reproches qu’on lui fait et à supposer qu’ils puissent être établis, elle a le droit de bénéficier du minimum : l’application du droit ! Je suis certaine que dans un temps, proche ou lointain, la vérité s’imposera. » Mère Marie Ferréol, elle, « ne quitte pas Randol de peur de perdre l’hospitalité si bienveillante des frères et de leur abbé » et qu’on vienne lui arracher « robe et anneau ». « Si on suit les termes du décret, c’est ce qui peut m’arriver, s’angoisse la religieuse. Je voudrais persévérer dans ma vocation, j’aimerais savoir pourquoi on me chasse… »
Par Ariane Chemin
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