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''Il n’est pas vrai que le monde n’ait rien su. Le monde a su, mais il n’a pas compris ou n’a pas voulu comprendre. (...)
La non-reconnaissance du génocide rwandais au moment où il se produisit – au sens premier du mot « reconnaître », donc – ne tient pas à l’absence d’informations mais, pour une part, à l’absence d’une grille d’interprétation permettant d’identifier le crime en temps réel, et, pour une autre part, à la présence de grilles d’interprétation « parasites » qui, en offrant des réponses toutes prêtes aux faits constatés sur le terrain, évitaient d’avoir à s’interroger plus avant. Certaines de ces grilles d’interprétation résultaient d’une volonté consciente, chez les criminels ou chez ceux qui avaient avec ces derniers des liens étroits, de dissimuler le crime. D’autres reflétaient des attitudes personnelles ou des comportements collectifs, à tous les niveaux de la vie sociale. Ces systèmes de non-reconnaissance – privés ou collectifs, délibérés ou inconscients, ancrés dans la culture, la politique ou le sentiment – s’interpénètrent les uns les autres. (...)
Une forme de déni, adoptée par commodité ou sous l’influence d’éléments extérieurs, peut offrir prise à d’autres modes de non-reconnaissance qui prennent ensuite le relais. En peu de temps, nous avons ainsi une situation complexe où divers systèmes se renforcent mutuellement et où la non-reconnaissance du génocide, née souvent d’une autodéfense face à une réalité culpabilisante, voisine avec la négation pure et simple.'' Source