"Chacun est coupable pour tout et tous" - Dostoïeveski
Le Forum Catholique
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Candidus - 2021-04-28 11:44:39
"Chacun est coupable pour tout et tous" - Dostoïeveski
Pour comprendre cette notion de réversibilité des démérites il faut tout d'abord admettre une forme de solidarité universelle qui lie tous les hommes entre eux, ainsi que l'existence de "lois d'affinité" qui relient plus particulièrement certaines âmes à d'autres. Et c'est là que la dimension généalogique évoquée par Polydamas devient intéressante : une âme peut se trouver dans une sorte de résonnance, pour le meilleur et pour le pire, avec l'âme d'un ascendant ou d'un descendant qui a vécu ou vivra à une distance de plusieurs générations.
Léon Bloy a écrit : « Tel mouvement de la grâce qui me sauve d'un péril grave a pu être déterminé par tel acte d'amour, accompli ce matin ou il y a cinq cent ans par un homme très obscur de qui l'âme correspondait mystérieusement à la mienne et qui reçoit ainsi son salaire... inversement il est loisible à chacun de provoquer des catastrophes anciennes ou présentes [et je rajouterai "futures"] dans la mesure où d'autres âmes peuvent retentir à la sienne.» (Méditations d'un solitaire en 1916)
Déjà dans son premier roman Le Désespéré (1887), Bloy était habité par cette conviction : « Tout homme qui produit un acte libre projette sa personnalité dans l'infini. [...] S'il produit un acte impur, il obscurcit peut-être des milliers de coeur qu'il ne connaît pas qui correspondent mystérieusement à lui, et qui ont besoin que cet homme soit pur, comme un voyageur mourant de soif a besoin du verre de l'eau de l'Évangile [...] Toute la philosophie chrétienne est [...] dans la notion d'une enveloppante et irréductible solidarité ». (p.100-101)
Le passage que j'ai cité de Bernanos illustrait seulement la notion de "réversibilité des mérites" mais si vous voulez un autre passage du même auteur, relatif à la "réversibilité des démérites", le voici, il est tiré du Journal d'un curé de campagne. Il s'agit d'un dialogue entre le curé d'Ambricourt et la comtesse :
« - Mais nos fautes cachées empoisonnent l'air que d'autres respirent, et tel crime dont un misérable portait le germe à son insu, n'aurait jamais mûri son fruit sans ce principe de corruption.
- Ce sont des folies, de pures folies, des rêves malsains. Si on pensait à ces choses on ne pourrait pas vivre.
- Je le crois, madame. Je crois que si Dieu nous donnait une idée claire de la solidarité qui nous lie les uns aux autres, dans le bien et dans le mal, nous ne pourrions plus vivre en effet ».
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