Rien de nouveau, mais une précision s'impose.

Le Forum Catholique

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Scrutator Sapientiæ -  2020-12-12 12:31:17

Rien de nouveau, mais une précision s'impose.

Bonjour,

Dans le texte qui provient de Rorate caeli, il n'y a rien de bien nouveau, pour qui connaît bien l'avant-Concile, le Concile (en particulier, l'influence réciproque entre les événements qui se sont produits au Concile et les enseignements produits par le Concile) et l'après-Concile.

Néanmoins, une précision s'impose : au Concile, il n'y a pas eu,

- d'un côté, les "intégristes" ou traditionnels,

- de l'autre côté, les "progressistes" ou transformateurs,

et

- juste au milieu ou au "juste milieu", les centristes ou papistes, à la fois conservateurs et rénovateurs, roncalliens sous Jean XXIII, puis montiniens sous Paul VI, qui se seraient maintenus en permanence à égale distance des "intégristes" et des "progressistes", d'une manière irréprochable, et non ambivalente ; cette vision est complètement erronée.

La vérité oblige au dire qu'au Concile la tendance du pape, en tout cas du pape Paul VI, a toujours été beaucoup plus proche des "progressistes", qui avaient alors, et qui ont toujours, une stratégie de transformation de l'Eglise catholique, que des "intégristes".

Et d'ailleurs, d'une certaine manière, lors des deux premières sessions du Concile, les "rénovateurs", DONT (LE FUTUR) PAUL VI, ont été bien contents de pouvoir faire alliance avec les "transformateurs", ou de pouvoir prendre appui sur les "transformateurs", pour pouvoir irréversibiliser la dynamique de "détridentinisation" inhérente au Concile et pour pouvoir marginaliser le plus possible les "intégristes" ou les "traditionnels".

Mais un beau jour, au plus tard au début de la troisième session du Concile, à l'automne 1964, la composante "rénovatrice" présente au Concile a commencé à comprendre qu'elle était en train de se faire dérober sa victoire contre le catholicisme ante-conciliaire par la composante "transformatrice" présente au Concile, et a commencé à réagir pour que la réforme globale ne se transforme pas en rupture totale, or en un sens c'était trop tard : la "pâte dentifrice" était déjà "sortie du tube"...

C'est la raison pour laquelle nous avons eu les deux dernières sessions du Concile que nous avons connues, et c'est aussi la raison pour laquelle nous avons eu l'après-Concile que nous avons connu, non seulement sous Paul VI, mais aussi sous Jean-Paul II.

Ce qui est proprement extraordinaire, c'est que, encore aujourd'hui, bien des "conciliaires conservateurs", ou des conservateurs rénovateurs, sont réticents à reconnaître la part de responsabilité absolument considérable des experts et des Pères du Concile de leur tendance

- alors que ces experts et ces Pères ont fait alliance avec les "conciliaires déconstructeurs", ou les déconstructeurs transformateurs, pour pouvoir l'emporter sur le catholicisme ante-conciliaire, ou sur le tridentinisme,

- alors que les mêmes clercs n'ont pas particulièrement cherché à "arrêter les machines" du navire avant que celui-ci commence à rejoindre le large sous l'influence d'une trajectoire "conciliaire" (conciliatrice ad extra et transformatrice ad intra) erronée,

et

- alors que c'est dès l'automne 1964 et le début de la troisième session du Concile que les "conciliaires conservateurs" ont commencé à comprendre que cette trajectoire était, et est toujours, erronée, dans la mesure où elle est fréquemment plus propice à l'infécondité spirituelle et à l'infidélité doctrinale qu'à la consolidation de la foi catholique et de la morale chrétienne.

En résumé,

- il n'y a pas, d'un côté, un "rupturisme" de droite, de l'autre côté, un "rupturisme" de gauche, et, parce que, comme chacun le sait, "in medio stat virtus", un "réformisme" équilibré et légitime, parce qu'il serait équidistant ;

- il y a, d'un côté, un "anti-rupturisme" de droite, qui a pris acte d'une rupture qu'il a commencé à essayer de contrecarrer pendant le Concile, et, d'un autre côté, un "philo-rupturisme", constitué de deux composantes, la composante modérée et la composante radicale, si l'on veut bien excuser le recours à ces "catégories", relatives à la vie politique.

Et dans la conception de certains textes du Concile, mais aussi et surtout dans la conception dominante de la réception du Concile, telle qu'elle a été pensée et surtout telle qu'elle a été vécue, le moins que l'on puisse dire est que la composante "transformatrice" l'a emporté sur la composante "rénovatrice", d'autant plus que, à partir de la fin des années 1960 ou du début des années 1970, en théologie, de nouvelles tendances, non "rénovatrices" mais "transformatrices" (encore plus éloignées du tridentinisme ou opposées au tridentinisme que les tendances apparues dès les années 1930 et qui ont inspiré une partie du Concile), ont, pour le dire en ces termes, "consolidé la fragilisation" conciliaire puis post-conciliaire de l'Eglise catholique.

D'où la phrase attribuée à Guillaume II et que bien des clercs conciliaires conservateurs ont probablement repris à leur compte, à partir du milieu des années 1960 : "nous n'avons pas voulu cela"...

Mais "à qui la faute", si ce qu'ils n'ont pas voulu s'est néanmoins produit ?

Bonne journée.

Scrutator.
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