Anne Soupa : « Il faut briser le plafond de verre de l’Église »
Le Forum Catholique
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Bernard Joustrate - 2020-06-24 14:14:32
Anne Soupa : « Il faut briser le plafond de verre de l’Église »
Et si une femme devenait primat des Gaules ? La théologienne Anne Soupa a annoncé en mai sa candidature pour devenir archevêque de Lyon, en remplacement de Philippe Barbarin. Le cardinal a démissionné en mars dernier après avoir été relaxé par la justice dans la très médiatique affaire Preynat, après avoir été cité par l’association de victimes La Parole Libérée pour des faits de non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs.
Théoriquement, Anne Soupa n’a aucune chance : cette fonction est réservée à un prêtre, donc à un homme. Mais c’est justement ce que veut chambouler la bibliste en jetant un pavé dans la marre pour donner plus de visibilité aux femmes au sein de l’Église. Une provocation ? Non, assure celle qui parle d’une main tendue pour changer le diocèse de Lyon et, par ricochet, révolutionner notre façon de vivre la religion catholique.
Comment est née l’idée de votre candidature ?
Anne Soupa : « J’ai d’abord été frappée par la situation lyonnaise que je surveillais d’assez près avec l’attente d’une nomination pour remplacer Mgr Barbarin. Je me suis rendu compte qu’on allait retomber dans le même système clérical avec cet abus de pouvoir des prêtres qui n’a pas été réglé, malgré la demande du pape. J’ai eu un sentiment à la fois de colère et de lassitude en constatant que nous allons retomber dans les mêmes ornières, reprendre des profils identiques.
L’un de mes fils m’a dit : « Maman, pourquoi ne te présentes-tu pas ? » J’ai trouvé que c’était une question folle, bien entendu. Pour commencer, je ne m’habituais pas à cette idée. Et puis, j’ai laissé passer 24 heures. Finalement, je me suis dit que c’était une cause juste de défendre la place des femmes, de montrer qu’une femme laïque est capable de dire qu’elle est compétente pour être archevêque. Et pourquoi pas moi ? L’idée ayant progressé pour moi-même, je me suis sentie légitime et, du coup, j’ai posé cette candidature.
Qu’est-ce qui vous anime au fond dans cette démarche ?
J’ai essayé de bien trouver mes motivations intérieures car je pense que c’est le plus important. Pourquoi veut-on faire ça ? C’est bien de dire que l’on est légitime et compétente mais encore faut-il savoir quel projet on porte. Ce que je veux pour Lyon, c’est un projet conforme à la tradition lyonnaise de dynamisme spirituel et d’audace évangélique.
Qu’est-ce qu’on a à dire quand on est évêque ? Quel message veut-on porter ? Pour moi, il est simple, un évêque, un prêtre, une personne qui a une autorité dans l’Église n’a qu’une seule chose à dire : « Nous sommes tous aimés de Dieu ». C’est le message central de toutes personnes croyantes. Toute personne qui se dit chrétienne porte un message qui doit se dire dans les règles républicaines tout en étant fort et audible. La première tâche d’un évêque, c’est cela. C’est de dire : « Ne perdez jamais l’espérance, nous sommes aimés de Dieu et nous avons à répandre autour de nous cet amour ». C’est à la fois une conviction de foi et un engagement moral.
Vous avez préparé un programme pour Lyon. Sur quoi repose-t-il ?
Mon programme est basé sur trois éléments très importants : l’écoute, la transparence et la clarté dans la prise de décisions, qu’elles soient grandes ou petites. Je pense surtout aux personnes qui se disent encore catholiques mais qui ont quitté la pratique religieuse.
Tribune de Lyon
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