La Providence et la confiance en Dieu par Fr.Garrigou-Lagrange

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ami de la Miséricorde -  2020-01-15 22:28:41

La Providence et la confiance en Dieu par Fr.Garrigou-Lagrange

DEUXIÈME PARTIE
LES PERFECTIONS DE DIEU QUE SA PROVIDENCE SUPPOSE

CHAPITRE V
L'INCOMPRÉHENSIBILITÉ DIVINE

Que faut-il entendre par sagesse ?


Pour attribuer à Dieu la sagesse, il faut d'abord savoir ce que signifie ce mot, ce qu'on entend généralement par là ; cela nous aidera du reste à distinguer deux sagesses extrêmement différentes : celle du monde et celle de Dieu.

Tous les hommes se flattent de savoir ce qu'est la sagesse, même les sceptiques qui la font consister à douter de tout.

La sagesse est une vue d'ensemble sur toutes choses; tout le monde s'accorde là-dessus. Mais ensuite combien de divergences ! - On peut voir toutes choses d'en haut, croire que toutes procèdent d'un saint Amour, ou du moins sont permises par lui et concourent vers un Bien suprême.

Et au contraire on peut voir toutes choses d'en bas, croire que toutes proviennent d'une fatalité matérielle et aveugle, sans aucun but. - Autre divergence : il y a une sagesse faussement optimiste qui s'aveugle sur l'existence du mal, et il y a une sagesse pessimiste et décourageante qui ne voit le bien nulle part.

Saint Paul parle souvent de la sagesse de ce monde, qui est, dit-il, une sottise ou une folie aux yeux de Dieu (I Cor., III, 19). Le propre de la sagesse de ce monde est de voir toutes choses d'en bas. Elle juge de toute la vie humaine par le plaisir terrestre qu'elle donne, par les intérêts matériels à sauvegarder, par les satisfactions qu'y trouvent notre ambition et notre orgueil.

Se placer à ce point de vue pour juger de tout, c'est se faire le centre de tout, et inconsciemment s'adorer soi-même, pratiquement nier Dieu et regarder les autres comme n'existant pour ainsi dire pas.

Si le mondain se sent trop faible pour jouer un pareil rôle, il prend pour règle de ses jugements l'opinion du monde, dont il se fait parfois l'esclave pour obtenir ses faveurs. Or l'opinion du monde fait assez généralement consister la sagesse de la vie, non pas dans un juste milieu entre les vices contraires, mais dans une tiède médiocrité entre le bien véritable et le mal par trop grossier ou pervers. Aux yeux du monde la perfection de la vie chrétienne est un excès, comme l'impiété absolue en est un autre.

Il ne faut rien exagérer, nous dit-on. On en vient ainsi à appeler bien le médiocre, qui n'est qu'un intermédiaire instable et confus entre le bien et le mal. On oublie le sens des notes qu'on donne habituellement aux enfants : très bien, bien, assez bien, médiocre, mal, très mal.

On perd de vue la distance qui sépare du bien le médiocre et on les confond l'un avec l'autre, en restant pour toujours à mi-côte au lieu de monter. On en vient ainsi à appeler charité la tolérance parfois coupable des maux les plus graves.

Sous le nom de tolérance et de prudente modération, cette « sagesse charnelle » est aussi indulgente au vice qu'indifférente à la vertu.

Elle est particulièrement sévère pour ce qui la dépasse et lui semble un reproche ; elle a même parfois la haine de la vertu éminente, qui est la sainteté.

On le vit à l'époque des persécutions, qui ne cessèrent pas sous Marc-Aurèle, un sage selon le monde, qui ne sut pas voir la grandeur du christianisme malgré le sang de tant de martyrs.

Source : Livres-mystiques.com

Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde
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