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R&N : Dans « Éloge de l’action politique » vous insistez sur l’importance de la formation des jeunes catholiques. Est-ce l’observation d’un appauvrissement du débat religieux, politique et éthique ?
Fr. Humbrecht : Le débat est pauvre, en effet. Rien de nouveau. Les jeunes catholiques ont leur carte à jouer, mais l’action sans formation est condamnée à l’insignifiance. De plus, elle ne dure pas. Quand on n’a rien à dire, on finit par arrêter de militer, et l’on rentre dans le rang de son école de commerce. Retour à la case départ. J’en appelle à des jeunes laïcs formés, diplômés, fervents. Dont la pensée soit chrétienne, et pas seulement la piété : c’est là qu’est l’os. Le laïcisme sait qu’il peut souvent compter sur notre schizophrénie : pieux dans nos paroisses, laïcs au travail. Il n’en demande pas plus. Les jeunes chrétiens peuvent donner plus, mais il leur faut embrasser des études et des métiers qui parlent, pas seulement des métiers muets. Le christianisme doit redevenir explicite. L’implicite le tue.
R&N : Devant la montée du communautarisme, des catholiques s’interrogent sur l’opportunité de faire de même et de se regrouper, en France, en communautés chrétiennes. Cette option vous semble-t-elle légitime et viable ?
Fr. Humbrecht : L’Église existe où il y a une communauté vivante, qui prie, chante, s’instruit, vit de la charité et des sacrements. La vie spirituelle la propulse à évangéliser. En nombre d’endroits, les fidèles restent clairsemés et s’épuisent. Cela ne pourra pas durer. Pour eux comme pour les prêtres. D’un autre côté, il faut tenir les églises, sinon que va-t-il s’y passer ? Je n’ai pas la solution.
Trois éléments sont à considérer :
- Le christianisme français est devenu urbain, il faut s’y adapter.
- L’évangélisation demande de sortir de chez soi, de sa famille et de son milieu, sans pour autant ne voir l’extérieur qu’à l’autre bout du globe.
- Si l’on veut s’acheter une maison de campagne, mieux vaut se demander s’il y aura la messe à moins de cinquante kilomètres dans dix ans.