L'intervention au Collège de France

Le Forum Catholique

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Candidus -  2019-11-29 10:22:29

L'intervention au Collège de France

Je retranscris un passage intéressant de cette intervention pour comprendre l'absence de certaines oeuvres, a priori paradoxale, dans l'Index Librorum Prohibitorum :

L'analyse attentive du discours censorial montre que les censeurs établissent une distinction entre livres mauvais, c'est-à-dire hétérodoxes ou immoraux, et livres dangereux, c'est-à-dire ayant une influence nocive sur les lecteurs, et seul le danger justifie la proscription. Or cette distinction n'apparaît nulle part dans la réglementation juridique bien qu'elle détermine les usages du huis-clos judiciaire. Les cas les plus remarquables de cette distinction concernent soit les livres mauvais qui ne sont pas dangereux, soit, plus paradoxalement, l'inverse.

Premier cas, celui de Chatterton de Vigny ; le censeur développe sur plusieurs pages le caractère hérétique et immoral du drame, en particulier la justification du suicide, néanmoins il juge que la pièce n'a aucune des qualités littéraires qui pourrait exercer un ascendant sur le spectateur. Il en conclut qu'étant sans danger, Chatterton ne mérite pas une mise à l'Index, avis auquel se range les cardinaux qui ne condamnent pas l'oeuvre.

Le cas le plus paradoxal de cette distinction entre la malice et le danger est sans doute le votum de l'abbé Sanguinetti sur deux romans historiques d'Alexandre Dumas. Le premier roman intitulé La Régence et Louis XV lui paraît immoral mais sans danger : "C'est un récit d'immoralités, de turpitudes et d'impiétés mais qui malheureusement, par la publicité qu'on en a fait, sont tombées dans le domaine de l'histoire. A cause de cela, je serais d'avis d'abandonner et de ne pas s'en occuper".

En venant ensuite au second roman, le censeur propose une analyse diamétralement opposée : "les motifs de reproches ne me semblent pas autant absents dans le roman qui s'intitule "La Guerre des Femmes". Si l'on me demandait : ce roman est-il immoral ? Je répondrais négativement, disant que c'est le récit des guerres civiles et des amours qui sont habituelles dans ces temps de grande galanterie, traitées à la manière de Walter Scott et d'autres romanciers, spécialement de l'École Française. Si l'on me demande : la lecture de ce roman est-elle inofensive, je dois répondre qu'elle est dangereuse pour les raisons suivantes...". Les raisons invoqués par l'abbé Sanguinetti sont d'ordre littéraire, elles portent sur la vivacité des descriptions de scènes sensuelles.

[...]

[Pour les censeurs] la séduction du style sert de pivot démonstratif entre la malice et le danger. Si une oeuvre immorale est remarquable par son style, elle menace d'influencer le lecteur par son charme, sa séduction... et vice-versa.
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