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…. Personne, dans les communautés chrétiennes du premier Moyen Âge, n’aurait contesté la douceur inhérente de la liturgie, son pouvoir pour impressionner l’âme, induire des émotions et animer ceux qui l’écoutent à y donner une réponse. Le livre IX des Confessions de saint Augustin est un exemple remarquable de la compréhension universelle de la liturgie en tant que possédant un pouvoir presque miraculeux pour calmer, guérir, persuader, unifier et enseigner, non à travers la raison, mais grâce à la délectation et à l’amour, voire à la terreur, au courage, à la piété ou à la dévotion qu’elle inspire chez ceux qui y assistent, en écoutant ou en chantant. Quantum flevi in hymnis et canticis tuis…, combien j’ai pleuré avec des hymnes et des cantiques en ton honneur, aux suaves accents des voix de ton Église qui me pénétraient de vives émotions! Ces voix coulaient dans mes oreilles, et la vérité se distillait dans mon cœur; et de là sortaient en bouillonnant des sentiments de piété, et des larmes roulaient, et cela me faisait du bien de pleurer » (IX, 6)...
… L’homme contemporain qui vit au rythme des fêtes permanentes est incapable de vivre une fête, et comme il n’y a pas de fêtes sans dieux, il est incapable de vivre la liturgie.
Le plus tragique, le plus triste de tout cela, c’est que l’Église, qui pourrait constituer un havre de paix au milieu de ce courant impétueux où nous entraîne le monde moderne, a décidé que c’est le dialogue avec le monde qui est prioritaire. Elle n’est plus la ville décrite par Tolkien, dont les gardiens pouvaient nos accueillir en nous disant : « Réjouissez-vous de l’avoir trouvée, car devant vous se dresse la Ville des Sept Noms, où tous ceux qui luttent contre Melkor peuvent trouver la consolation ». Dans le but de se faire accepter par le monde contemporain, elle a non seulement vidé le dogme mais encore la liturgie. Nous sommes restés sans fêtes, nous sommes restés sans culte, nous sommes restés sans rites….
…. la défense et la restauration du rite romain traditionnel n’est pas une question réservée uniquement aux théologiens, aux chrétiens particulièrement pieux ou à un groupe d’esthètes décadents. En fait, nous tous catholiques sommes concernés, car il s’agit d’une affaire qui dépasse ce qui est strictement théologique, esthétique ou dévotionnel. Cela concerne aussi tous ceux qui sont engagés dans la culture chrétienne, puisque la défense du rite traditionnel est une question culturelle qui s’enracine dans la défense de la culture de l’Occident. La volonté de restaurer la culture chrétienne – et j’insiste sur le terme restaurer, quand bien même je serais taxé, peut-être de manière péjorative, de restaurationniste – passe nécessairement par la restauration du rite. Notre culture fut bâtie sur la liturgie et sur la sacralité du rite. Tant que nos liturgies continueront à être désacralisées et nos rituels réduits à de simples outils de rencontres communautaires et enfermées dans leur propre immanence, il est illusoire de penser sérieusement à un retour de l’homme occidental à ce qu’il fut, à une nouvelle floraison de la culture chrétienne, où le Seigneur Jésus soit reconnu dans sa royauté et sa divinité par les sociétés.