s'il fallait voir SC entre Y. Daoudal et Signo

Le Forum Catholique

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Luc Perrin -  2019-09-16 13:48:41

s'il fallait voir SC entre Y. Daoudal et Signo

Vous exposez l'un et l'autre deux visions assez justes mais extrêmes du schéma (Bugnini en effet en a été l'architecte entre 1960 et 1962 mais il est mis sur la touche par Jean XXIII et Larraona avant l'ouverture de Vatican II et ne revient en maître sur la scène que début 1964 par décision de Paul VI) devenu Constitution sur la liturgie fin 1963.

Montini penche avant le Concile pour une réforme liturgique qui continue et accentue ce qui a été fait depuis Pie X et Pie XII. Annibale lui veut aller bien plus loin. Ce qui va dans le sens d'Y. Daoudal est que Paul VI soutient Bugnini, il lui fait confiance jusqu'en 1974 où le pape est informé du degré de trahison de l'hypocrite Annibale et l'expédie en 1975 à Téhéran après l'avoir déchargé de ses responsabilités.
Pourquoi le pape a-t-il si longtemps fait confiance au rusé et fourbe, par ailleurs médiocre liturgiste, Lazariste ? Là je donne ma langue au chat, je ne sais pas.

Mes nuances sont donc :
- Bugnini n'est pas au centre en 1962-1963, ce sont ses amis et alliés qui doivent manoeuvrer in aula et dans la Commission conciliaire : il a exprimé sa grande frustration et déception dans ses mémoires et c'est conforté par d'autres témoignages.
- Il reprend la main et explose SC au sein du Consilium entre 1964 et 1969 en piétinant sans vergogne l'article herméneutique de SC qui visait non à un Novus Ordo mais à une révision de l'Ordo existant, révision qui est l'objet de la Constitution.
- Oui Y. Daoudal a raison sur les "loopholes", les fissures que le parti bugniniste a fait mettre dans SC : en maximisant le rôle des conférences épiscopales et des groupes linguistiques par ex., en introduisant des incises qui ont servi par la suite à démolir l'affirmation principale. Tout ceci a été concerté in aula par la minorité ultra-bugniniste parmi les Pères qui voulaient dynamiser entièrement le rit romain mais ont dû en rabattre du fait de la résistance de la Minorité traditionnelle notamment. Mais aussi parce que ni Jean XXIII, très prudent en la matière, ni Paul VI plus aventureux ne voulaient suivre cette aile révolutionnaire.
- Signo a de même raison justement d'insister sur les caveat qu'on trouve dans SC et ensuite sous la plume de Paul VI. A de nombreuses reprises, le pape tente de freiner Bugnini : sur les 4 prières eucharistiques par ex., sur l'institution de la "recognitio" que François a amoindrie récemment, recognitio qui fut un levier puissant pour Rome dans les années 1990-2000, sur le maintien du chant grégorien ...

Paul VI imaginait-il en 1963-1964 signer son Novus Ordo Missae de 1969, je ne le pense pas. Il reste qu'il l'a fait et en porte la responsabilité devant Dieu.
- Une des causes de cela du décalage entre 1963 et 1969 tient à l'environnement, au contexte. Bugnini a usé de l'anarchie liturgique réelle sur les terrain comme d'un puissant levier, un chantage constant auprès du Pape qui cherchait désespérément à rétablir l'ordre et le sens commun. La dérive de Paul VI entre 1963 et 1969 tient à ce chaos dont nous peinons à voir l'étendue.
En 1969, je rappelais récemment à un honorable doctorant que plus des 2/3 des prêtres français ayant répondu à l'enquête nationale lancée par la CEF (le comité évêques-prêtres) voulaient une ABROGATION TOTALE DU MISSEL ET DES RUBRIQUES. Oui plus aucune règle !

Dans CE CONTEXTE, le NOM de 1969 paraît très "rigide" comme dirait le Pape régnant. Paul VI a été un Chamberlain papal, un "appeaser" qui tentait de retrouver la paix liturgique en contentant les monstres du chaos qui prospéraient à l'époque, époque que la Rome actuelle regrette tant. Son choix de sacrifier les Sudètes des rubriques a eu le même effet que celui de Chamberlain.

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