Certes... à propos des "rubriques"
Le Forum Catholique
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Signo - 2019-09-15 22:26:36
Certes... à propos des "rubriques"
Le témoignage de Dom Botte est probablement partiel et nécessite d'être recoupé avec d'autres, mais il me semble toutefois que sa description dit quelque chose de l'état de la liturgie avant le Concile.
En l'occurrence ici ce qui est gênant, ce n'est pas d'abord les cantiques d'un goût douteux ou le recul du plain chant, mais surtout et avant tout cette aberrante coupure entre d'un côté le culte conçu comme "l'affaire exclusive du clergé", et de l'autre le peuple qui n'a que les dévotions privées pour se consoler de son "exclusion" de la célébration. Schéma qui est mauvais, non parce qu'il ne serait pas assez "moderne", mais tout simplement parce qu'il contredit l'ecclésiologie et la théologie traditionnelles. La rupture entre lex orandi et lex credendi a donc eu lieu non pas à l'occasion de la réforme liturgie, mais bien avant dans les faits.
Et comme une erreur entraîne par réaction l'erreur opposée, c'est justement cette situation répulsive qui va engendrer l'ultra-pastoralisme progressiste des années 1960-1970. Or ce que je reproche à certains tradis, c'est de vouloir se contenter de revenir aux formes ante-conciliaires, (qui étaient déjà tout sauf traditionnelles), sans voir que c'est justement ces formes là qui par réaction ont engendré le progressisme ambiant.
Ensuite je connais des personnes qui ont connu cette période et qui n'ont rien de progressiste et qui font de la liturgie avant le Concile la même description.
Enfin, il n'y a pas de spiritualité rubriciste. Il y a des rubriques qu'il faut observer rigoureusement sous peine de pécher contre la rubrique. C'est tout.
Effectivement, il n'y a pas de spiritualité rubriciste, puisque le rubricisme est par définition l'ennemi de toute spiritualité.
Normalement, les rubriques ne devraient servir que pour effacer un doute sur l'attitude à adopter à tel ou tel moment de la Messe. Le reste du temps, on ne devrait même pas les regarder, pour la simple et bonne raison que le célébrant connaît les gestes de la liturgie par l'exemple que les Anciens lui ont montré depuis tout petit, et par la Tradition orale. Toute Tradition vivante est nécessairement orale. Les périodes d'inflation des rubriques (c'est le cas au moment de la réforme tridentine) sont le signe infaillible qu'une Tradition est en train de mourir. Les rubriques écrites deviennent alors le moyen de pratiquer une forme d'"acharnement thérapeutique". D'ailleurs, dans les Eglises dans lesquelles la liturgie est une réalité bien vivante (les Eglises d'orient par exemple), les célébrants n'usent que très peu de missels et connaissent une grande partie des prières par coeur.
Hélas, comme nous autres modernes sommes des dégénérés sur le plan spirituel (ça, je le dit et je l'assume), nous avons certes besoin des rubriques (c'est probablement ce qu'avaient oublié les auteurs des nouveaux livres liturgiques). Mais ce qu'il ne faut pas oublier qu'elles ne sont qu'un moyen et non une fin en soi. On n'applique pas les rubriques pour appliquer les rubriques, on applique les rubriques afin que la totalité du symbolisme sacré soit déployé dans toute sa richesse signifiante, et que la liturgie ne perde pas sa capacité à évoquer intuitivement les mystères divins. Il me semble que ce n'est pas ce qui ressort de votre phrase qui donne l'impression (mais n'est-ce qu'une impression?) que pour vous les rubriques sont sacro-saintes en elles-mêmes.
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