Le Forum Catholique
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The wild rover - 2019-05-16 01:27:01
Réponse à la hussarde
Vous dites que "l'histoire des idées ne recoupe pas l'histoire des régimes politiques au plan de la forme sauf quand la constitution est marquée par une idéologie".
"Sauf quand la constitution est marquée par une idéologie"? Mais toute constitution est idéologiquement chargée. Même lorsqu'elle est issue de compromis comme le sont les lois constitutionnelles de 1875, on trouve dans toute constitution la marque d'une idéologie dominante. Pour les lois de 1875, l'instauration d'un exécutif puissant découle d'une volonté conjuguée des monarchistes et des républicains, pour des raisons différentes. Les premiers souhaitaient s'en prévaloir pour en faire une lecture propice au rétablissement de la monarchie. Quant aux seconds, ils étaient encore majoritairement convaincus de la nécessité d'un exécutif puissant propre à faire triompher une ligne Thiers/Guizot assez ambigüe certes, mais fruit d'une volonté d'enraciner une République de type orléaniste (c'est assez curieux, mais pas si contradictoire que cela).
Et lorsque Grévy abandonne l'exercice du droit de dissolution en 1879, il fait triompher une idéologie de la souveraineté parlementaire, à l'instar des républicains vainqueurs. Cette "Constitution Grévy" était d'ailleurs conforme aux voeux émis par celui-ci en 1848. Bref, tout cela pour dire que dans les textes comme dans les changements constitutionnels "informels", l'idéologie enfante toujours les constitutions.
Quant à la République, j'aurais sans doute du préciser qu'elle désigne avant tout la Res-publica, c'est à dire la primauté du bien commun, et pas vraiment un régime politique. Ce qui pose problème, c'est plutôt le ralliement de la doctrine sociale à l'idée que la démocratie est un régime parmi d'autres, philosophiquement indifférent, alors que cela n'est manifestement pas le cas. C'est curieux, pourquoi l'Eglise fait-elle depuis des décennies l'apologie de la démocratie alors qu'elle n'accepte pas réellement d'appliquer ce principe à l'organisation ecclésiale?
Par ailleurs, vous dites qu'il ne faut pas confondre la forme d'un régime et la politique suivie au jour le jour. Mais justement, les républiques qui se succèdent depuis 1792 n'ont-elles pas fait preuve d'une certaine constance idéologique?
Enfin, la démocratie telle qu'elle émane de la pensée 1789 n'est-elle pas une négation de la transcendance, et au contraire, l'affirmation d'une souveraineté de l'individu qui malmène considérablement le message évangélique?
Bref, il se fait tard, et la fatigue me dissuade d'aller plus avant dans la discussion. C'est bien dommage, car je dois bien admettre que mes précédents messages n'étaient pas aussi argumentés que les vôtres. Mais après une journée passée à auditionner des candidats pour un poste dans un établissement universitaire, mon cerveau atteint ses limites!
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