Méditation avec "Dieu seul" du Vénérable Mr Henri-Marie Boudon

Le Forum Catholique

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ami de la Miséricorde -  2019-04-14 07:33:26

Méditation avec "Dieu seul" du Vénérable Mr Henri-Marie Boudon

CHAPITRE XII
De l'estime et de l'amour des croix


La parfaite jouissance de Dieu, suivie de plaisirs infinis, est réservée pour la longue éternité : la vie où nous sommes et où bientôt nous ne serons plus, qui passe si vite, et qui à peine laisse le loisir de la regarder, est donnée aux souffrances.

Il faut donc y être crucifié avec Jésus, dont l'esprit est l'âme de nos âmes, qui nous donne et soutient uniquement la vie, sans lequel il n'y a que mort : et comme il a été l'homme des douleurs, ayant épousé la croix par un mariage tout sacré et indissoluble, nous devons sans cesse y être inviolablement attachés. L'esprit de Jésus est un esprit de croix ; mais l'esprit de Jésus est l'esprit qui nous donne la vie : si nous voulons donc vivre, il faut vivre de la croix. Dans ce sentiment la divine Thérèse s'écriait : Ou mourir, ou souffrir.

Car il est vrai que dès lors que l'on cesse de souffrir, il faut cesser de vivre : ou la croix ou la mort. Quand le temps de nos souffrances est achevé, il est temps de mourir.

Les souffrances font la plus grande gloire du christianisme, nos plus grandes hontes doivent être de nous voir dans l'aise et le plaisir. Le véritable Chrétien se trouvera toujours chargé de confusion, et aura bien de la peine à ne pas rougir quand il sera dans la joie et l'honneur, puisqu'il fait profession de servir un maître qui est l'homme de douleurs, et qu'il se reconnaît membre d'un chef percé d'épines de toutes parts.

Cette qualité glorieuse de membre de Jésus lui donne une union si étroite avec cet aimable Dieu-Homme, qu'indispensablement il doit entrer dans toutes les inclinations et aversions de son divin coeur, aimant tout ce qu'il aime, haïssant tout ce qu'il hait, ne devant agir sans réserve que par ses sacrés mouvements.

C'est le propre de l'amour de transformer : l'âme qui est Jésus, est plus en lui qu'en elle-même ; elle ne vit plus, c'est Jésus qui vit en elle. Elle ne regarde donc les choses que comme il les voit, elle ne les goûte que comme il les goûte : ainsi tout son goût est aux peines et aux croix, toute sa joie dans les douleurs, et elle se sent dans une tristesse accablante quand elle s'en voit éloignée, et paraît toute honteuse. Une personne passant par quelque lieu y fut prise pour une personne de condition : cette estime la tirant en quelque façon du mépris de la croix, lui donna tant de honte, qu'elle se sentit obligée d'y écrire pour détruire cette opinion qu'on avait d'elle, ne la pouvant supporter.

Une âme de notre siècle, d'une vertu rare et d'une piété extraordinaire, traitant avec un grand serviteur de Dieu des choses qui pourraient plus réveiller en elle l'amour-propre, elle lui dit que la croix lui paraissait quelque chose de si bon et de si glorieux, quelle pensait que si on la venait prendre pour la mener pendre en la place de Grève à Paris, elle aurait bien de la peine à s'y défendre de l'amour-propre. Et de vrai, les plus humiliantes croix sont le comble de l'honneur du christianisme, et en font le dernier point de la gloire.

Tous ceux qui souffrent chrétiennement, sont de grands rois dont les chaines et les prisons et toutes sortes d'afflictions sont les sceptres et les couronnes. Mais l'admirable saint Chrysostome (hom. 8 in Epist. ad Ephes.) passe plus avant, et soutient que la gloire des souffrances surpasse celle des diadèmes, et assure que souffrir est quelque chose de plus grand que l'empire de l'univers : et son esprit s'élevant toujours de plus en plus dans l'estime des croix, il dit même que la gloire de l'apostolat le doit céder à celle des persécutions ; qu'il est plus illustre d'être chargé de chaines pour Jésus-Christ, que de porter la qualité d'évangéliste, ou celle de docteur du monde.

Source : Livres-mystiques.com

Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde
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