Errare humanum est...

Le Forum Catholique

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Vianney -  2019-03-21 17:20:57

Errare humanum est...

 
Comme Mgr Schneider, je suis d’avis que c’est aux futurs papes qu’il incombera de remettre l’Église sur les rails de la vraie doctrine. Mais j’avoue être beaucoup moins convaincu par plusieurs de ses arguments historiques, et encore moins par la portée qu’il leur prête...

Ainsi, Dom Guéranger n’a jamais soutenu qu’Honorius Ier était hérétique, ni que les papes l’ont considéré tel, et le passage cité l’auteur le démontre : “ce n’est point au silence de Pierre, mais à son enseignement, qu’est promise l’immanquable assistance de l’Esprit de vérité”. Sa citation de saint Sophrone, patriarche de Jérusalem, n’y contredit nullement : “Allez au Siège apostolique, où sont les fondations de la sainte doctrine, et ne cessez de prier tant que le Siège apostolique n’aura pas condamné la nouvelle hérésie”. Question : serait-ce uniquement son silence que Mgr Schneider reproche à François ?

Dans son ouvrage sur la Monarchie Pontificale (Palmé, 1870, pp. 118-119), Dom Guéranger rappelle les termes du serment que prêtèrent les successeurs d’Honorius pendant des siècles :

“Auclores vero novi heretici dogmatis, Sergium, Pyrrhum..., una cum Honorio qui pravis eorum assertionib’us fomentum impendit..., simili etiam nos condemnatione percellimus anathematis.” On le voit avec évidence : Sergius, Pyrrhus et les autres hérétiques sont anathématisés ensemble ; Honorius n’est pas compris parmi eux. L’anathème lui est infligé pour avoir seulement donné lieu par ses coupables ménagements au développement de leurs opinions impies.


Par ailleurs, j’ai déjà souligné que, contrairement à ce que prétend l’auteur, Pie XII s’est défendu, dès les premiers paragraphes de sa nouvelle législation, d’avoir “corrigé” ses prédécesseurs à propos de la matière du sacrement de l’ordre.

Le pape écrivait à cette occasion : “on sait que ce qu’elle a établi, l’Église peut aussi le changer et l’abroger.” Non seulement Mgr Schneider semble l’ignorer, mais il met apparemment sur le même pied la législation divine et celle de l’Église :

Si nous considérons la lex orandi, il y a eu des modifications radicales faites par les papes Pie X, Pie XII et Paul VI, et concernant la lex credendi, par le pape François.


Or, le seul privilège garanti de la lex orandi, par delà toutes les réformes, est de ne jamais contredire la foi : ce n’est pas un lieu de définitions dogmatiques mais, comme la législation de l’Église, un lieu théologique. En revanche, ce que les auteurs du Bref examen critique ($ 6) reprochaient à Paul VI était d’avoir contredit la lex credendi :

II est évident que le nouvel ORDO MISSAE renonce en fait à être l'expression de la doctrine que le Concile de Trente a définie comme étant de foi divine et catholique. Et cependant la conscience catholique demeure à jamais liée à cette doctrine. Il en résulte que la promulgation du nouvel ORDO MISSAE met chaque catholique dans la tragique nécessité de choisir.


On peut également regretter qu’en abordant la légitimité des papes sous le seul angle de leur chute possible dans l’hérésie après leur élection, l’auteur passe sous silence au moins deux autres cas de figure :

1) l’autorité réelle d’un pape étant liée à sa liberté, comme Dom Guéranger le rappelle, les enseignements de Pie VII pendant sa captivité ont été retirés du bullaire officiel de l’Église ;

2) la législation de Paul IV, confirmée par saint Pie V, et implicitement maintenue en vigueur au moins jusqu’en 1917, démontre que la consitution divine de l’Église ne permet en rien d’écarter l’hypothèse de l’élection sur le siège de Pierre de candidats déjà tombés dans l’hérésie.

V.
 
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