US $ pour la Liberté dans la Cathédrale de Saîgon
Le Forum Catholique
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Ewondo - 2018-11-20 23:34:28
US $ pour la Liberté dans la Cathédrale de Saîgon
Au mois de juin 1978, je suis revenu à SaÏgon pour la première fois depuis 1972, quand j’y étais passé rapidement lors d’un voyage vers Hongkong.
En 1972, l’ambiance à l’aéroport de Tan Son Nhut est très voisine de celle-ci :
Aéroport de Tan Son Nhat avant 1975
Les avions civils étaient mêlés aux appareils militaires, partout des hangars pour les chasseurs, des casemates et abris. C’était impressionnant !

Le Boeing B 52, le plus célèbre et meurtrier bombardier octoréacteur de la guerre. Dans un précédent voyage en 1970 au Cambodge, j'avais entendu leurs bombardement sur le delta du Mékong depuis la paisible et blanche plage de sable fin de Sihanoukville, en sirotant un cocktail et dégustant un steack au poivre vert : surréaliste ! Plus tard en allant de Bangkok à Hongkong ou Tokyo on les voyait lâcher des bombes sur l'Annam et le Tonkin. Enfin à Hongkong j'avais vu une bruyante escadrille depuis le Peak partant du Japon pour aller bombarder l'Irak lors de la première guerre du Golfe.
Au risque parfois de gros "dommages collatéraux" apocalyptiques et nucléaires :

Ma collègue et moi étions venus de Paris avec mults affaires et beaucoup d’escales dont je me souviens de celle de Téhéran-Mehrabad où les Iraniens, habituellement si courtois, en pleine révolution islamiques étaient parfaitement odieux avec les occidentaux. Adieu donc les espoirs de caviar béluba à 8 dollars US les 100 grammes (les prix étaient toujours très compétitifs à Mehrabad !).
Nous avions continué sur Hongkong au lieu de prendre la correspondance pour Saïgon à Bangkok. A Hongkong, notre société nous avait donné la mission de prendre contact avec les résidents vietnamiens pour voir quelles affaires pourraient être traitée avec eux, rompus à tous les commerces, surtout de produits français.
Je me renseignais également sur les conditions de départ des boat peoples vietnamiens pour Hongkong (conditions matérielles, médicaments, aliments, bakchichs divers etc.). Je notais précieusement tous ces détails pour la fille de ce collègue, mais aussi pour les transmettre au SDECE (Servie de Documentation Extérieur) pour lequel je travaillais discrètement depuis 1976 (et jusqu’en 1981 lors de l’entrée de ministres communistes au gouvernement. Je n’ai jamais été ni fou, ni suicidaire !).
Le trente avril 1975, jour funèbre pour ce «Présent de l’Occident », traduction singulière et presque ironique de «Saïgon» en français. La panique avait été immense dans cette situation dantesque :








La dernière photographie est un peu ridicule et elle a fait la tour du monde. Le portail du palais était ouverte et les Bodoïs ont du la refermer pour "spectaculairement", l'enfoncer !
L’exode des civils et militaires avant été massive. Les parent tendaient leurs enfants en espérant qu’eux au moins auraient la possibilité de s’enfuir.
Un tragédie épouvantable : un avion de transport militaire Galaxy qui devait relier Saïgon à la Californie avec trois cents enfant et l’équipage s’est écrasé, on le dit sous l’erreur d’une fusée sol air, juste après son décollage. Aucun survivant hélas :


En fait, en centre-ville, beaucoup d’immeubles et maisons arboraient des drapeaux français. Edifices habités par des Français, pour se protéger des pillages.
Cette-fois, à notre arrivée, l’aéroport de Tan Son Nhut était quasi désert. L’énorme Boeing 747 tout blanc avait remplacé la Caravelle d’Air France qui dès les années 1976 à 1978 effectuait des transports Saïgon Bangkok pour raisons sanitaire ou réfugiés en règle :


Pour l'anecdote, le jour de l'arrivée à Hanoï du nouvel ambassadeur de France, on apprend que la caravelle d'Air France - Croix Rouge avait été prise en otage par un forcené qui voulait quitter le pays. Toute la nuit en télex chiffrés et le malheureux a été abattu.
Décidément, les Vietnamiens ne pouvaient pas se passer de la bonne poire Passe Crassane (et sales crasses bien sûr) de République Française. La seule compagnie occidentale à desservir la ville, depuis le fameux hôtel Caravelle de Saïgon.
Pour l’anecdote, en 1976, pour fêter le jour de l’arrivée du nouvel Ambassadeur de France à Hanoï, un forcené avait tenté de détourner cette Caravelle. Toute une nuit à passer en négociations pour dénouer la situation. Le « forcené » a finalement été « maîtrisé » ce qu’en termes hypocritements staliniens les autorité ont déclaré !
Donc à Saïgon, nous avions des négociations commerciales, fort longues et pointilleuses comme toujours en Extrême Orient.
Ce qui signifie de bons après-midi de loisirs. Consacrés tout d’abor à une visite à notre jeune femme. Ma collègue et moi avons pris un taxi qui nous a conduit dans un quartier résidentiel fort cossu. A la porte de sa résidence, la jeune femme nous a regardés très surprise, voire effrayée … En effet, nous ététions rarissimes de type caucasien. En effet les Français était les rares quelques Européens avec quelques restaurateurs Corses encore en ville. Les conseillers des Pays de l’Est étaient soigneusement maintenus au nord afain qu’ils ne connaissent pas la vérité sur le sud.
Nous avions toute une foule autour de nous, presque tous francophones. Et cette dame nous chuchote de nous rendre le lendemain à 15 heures à la cathédrale et de nous agenouiller au milieu de la nef. Ce que nous avons très facilement exécuter.
A quinze heures, elle est venue s’agenouiller à l’autre bout de la rangée de cette très belle nef :

Elle était vêtue d’un très bel ào dai blanc la tenue traditionnelle vietnamienne, constituée d’un pantalon, d’une longue tunique au col officier fendue jusqu’au bassin des deux côtés, et avait a tête recouverte d’un long voile blanc d’organdi brodé à fis tirés, incrustations de figures pieuses en batiste – prouesse technique, il faut des doigts ultras fins et des yeux de microscopes, croyez en mon expérience de fils et petit fils de brodeuses dentelières – j’ai essayé et n’ai réussi qu’à me piquer les doigts !) :

A mon passage à HongKong, j’avais trouvé dans une papeterie deux énormes stylos multi couleurs que j’avais vidé de leur mines. Longueur idéale, cette de tous les billet de dollars US (ils ont tous les mêmes dimensions et la même couleur vert laitue, il est difficile de ne pas se tromper aux USA quand on fait ses courses !). J’avais ainsi très étroitement roulé pour une somme bien dodue à l‘époque de 2000 US $, soit 10.000 FF à l’époque !
Durant mon séjour comme diplomate à Hanoï en 1975, j’avais fait beaucoup de trafic de dollars et même de lingots d’or (je préfères les billets, les lingots, c’est terriblement lourd et peu discret dans les poches) entre Vientiane et Hanoï et avais acquis toutes les bonnes ficelles. J’étais le meilleur fournisseur des diplomates occidentaux (à l’exception des Britanniques qui avaient un bon réseau depuis Hongkong, leur colonie à l’époque). J’étais à l’abri de mon passeport diplomatique et toutes les ambassades m’avaient accrédité pour me confier leurs valises.
Madame tenait à la main un missel et récitait sans doute de dizaines d’Ave et ne Pater Noster. sans doute avec des Je vous salue Maris en Vietnamiens en caractère latins ornés de caractères « nom » :

Explication :
« Chữ nôm » en vietnamien moderne (alphabet latin) et ancien (chữ nôm).
Ne doit pas être confondu avec Chữ nho.
Le chữ Nôm (????喃, littéralement « écriture du sud »), encore appelé quốc âm 國音 (son ou phonétique nationale), nam âm 南音 (son ou phonétique du Sud) dans les textes (mais différente du quốc ngữ 國語 (langue nationale), qui désigne l’écriture latine moderne), était l'écriture vietnamienne utilisant les sinogrammes chinois (appelés hán tự en vietnamien).
Ce système logographique était le seul moyen de noter le vietnamien jusqu'au xive siècle, et n'était utilisé que par les élites instruites en chinois. Le chữ Nôm a désormais presque totalement disparu du Viêt Nam, remplacé par une romanisation en caractères latins dotés de signes diacritiques, le quốc ngữ. La prononciation de ces caractères est appelée en vietnamien âm Nôm (音喃) .
Source : Wikipédia
J’ai donc fait tour à tour fait rouler les deux stylos en direction de Madame qui les a prestement fait glisser dans son sac de dentelle blanche.
Vous allez me demander si je priais et je peux vous affirmer que oui ! Pour contrer l’adrénaline avec mes faibles prières … Je risquais la prison à vie pour crime économique ! J’avais gardé la foi même si j’avais quitté l’Eglis depuis 1968, devant tous les excès débiles de l’application du Concile. A Saïgon la messe de Saint Pie V était encore de rigueur, tandis qu’à Hanoï, elle était déjà en vietnamien mais fort digne avec beaucoup de chants en latin.
Cette dame s’est relevée, signée en génuflexion et partie dignement vers la sortie sans un regard.
Ouf ! Le temps tout de même d’une courte visite de cette cathédrale construite en briques de Toulouse par les Français :



Notez la sacristie avec ses ex-votos en français et vietnamien.
Le séjour touchait à sa fin et nous avions conclu favorablement les négociations. Juste un malaise à la fin, avec une intoxication à la caféine (coupable : le robusta) et aux centaines de cigarettes. J’ai été transporté à l’hôpital pour un mini traitement à la fin desquels le médecin m’à dit en partant avec un clin d’oeuil : «à bientôt à Paris !».
Le jour du départ, la foule se pressait à l’aéroport avec tous ces malheureux réfugiés, hommes, femmes et enfants. Certains venaient du Cambodge martyr voisin. Justement une famille devant nous. A la dernière minute, nième vérification des passeports, et ils refusèrent la sortie aux parents … et ne laissent partir que les trois enfants !
A bord, cela pleurait de tous les côtés. Loin de l’ambiance feutrée voire « glamour » des compagnies asiatiques ! Nous sommes allés voit les enfants cambodgiens qui baragouinaient le français pour essayer de les consoler. Nous nous en sommes occupés à notre arrivée à Roissy. Et, fin de conte de fées, ma collègue a fini par es adopter pour leur éviter la DDAS et les refuges séparés. Quelques mois plus tard, les parents ont pu rentrer.
Que Notre Seigneur me pardonne d’avoir ainsi agit dans le cadre d’une cathédrale, avec l’intercession de Notre Dame de Saïgon !
Cela restera un des souvenirs les plus chauds et chargés en adrénaline de tout mon passé copieusement fourni.
Pierre.
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