C'est au contraire une question primordiale
Le Forum Catholique
Imprimer le Fil Complet
Signo - 2018-11-05 18:37:45
C'est au contraire une question primordiale
Si on ne comprends pas cette question de l'orientation de la liturgie, alors nécessairement la manière orientée de célébrer la messe apparaît comme une messe "dos au peuple", donc un acte de dédain vis à vis des fidèles, ce qui bien évidemment est une explication absurde.
L'orientation vers l'Est n'est donc certainement pas un symbole anecdotique dont on peut très bien se passer; c'est au contraire la clé qui explique toute la crise liturgique que l'Occident connaît depuis cinq siècles. Il y a un excellent article sur le site Pro Liturgia qui commence par la phrase "L’une des caractéristiques importantes de la crise actuelle est le divorce entre la théologie et la liturgie" daté du dimanche 4 novembre qui explique très bien l'importance du problème.
Voici l'extrait le plus significatif qui explique tout l'enjeu de la question:
"Hélas, il faut bien reconnaître que depuis plusieurs siècles déjà - mais bien plus encore depuis ces cinquante dernières années - s’est opéré un profond divorce entre la théologie et la liturgie. Prenons un exemple parmi les plus spectaculaires : l’orientation de la célébration. Celle-ci exprime simultanément deux vérités théologiques qui sont au coeur de l’identité de l’Eglise : d’abord, l’orientation vers le soleil levant (l’Est géographique ou symbolisé par les absides) exprime l’espérance eschatologique quant au retour du Christ ressuscité qui doit se manifester dans la gloire à la fin des temps, comme nous le chantons et l’affirmons dans le « Credo ». Mais la théologie nous enseigne aussi que l’Eglise est elle-même le Corps mystique du Christ. Le Corps total est composé de la tête représentée par le célébrant (prêtre ou évêque) qui agit « in persona Christi capitis », en la personne du Christ-Tête, et par les membres, le Corps proprement dit, composé de tous les fidèles baptisés. Or, comme nous le voyons dans l’Ecriture Sainte, le Christ est sans cesse tourné vers son Père : il se tourne vers Lui par la prière à de nombreuses reprises durant la période de sa prédication ; c’est au Père qu’il s’offre en Sacrifice parfait sur la Croix pour la rédemption du monde ; enfin c’est encore vers le Père qu’il est tourné lors de la Résurrection, comme l’exprime parfaitement l’introït grégorien de la messe du Jour de Pâques, qui est une prière du Fils adressée au Père, un dialogue entre le Fils et le Père. Si donc l'Eglise est le Corps du Fils de Dieu, celle-ci doit être tournée vers le Père, tout entière orientée vers le Mystère, vers la transcendance signifiée par le soleil, signe visible du Dieu invisible vainqueur de la mort et du péché. Dès lors, il est évident que durant la célébration eucharistique, le Christ-Tête (le célébrant) ne regarde pas le Christ-Corps (l’assemblée des fidèles), mais le Christ-Total est tourné tout entier vers le Père.
La célébration face au peuple, en plus d'être une invention moderne qui n’a aucune racine dans la Tradition chrétienne (tant en Orient qu’en Occident), détruit de fond en comble cette théologie splendide qui est pourtant au cœur de la signification de la liturgie et donc de l’identité de l'Eglise. Elle inaugure une conception narcissique de la célébration qui brise l’identification de l’Eglise au Christ telle qu’enseignée par la théologie traditionnelle."
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=856249