Nécrologie de Jean-Marie Guénois (Le Figaro)

Le Forum Catholique

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Alexandre -  2018-07-21 21:37:26

Nécrologie de Jean-Marie Guénois (Le Figaro)

LE FIGARO, samedi 21-dimanche 22 juillet 2018, p. 15

Jean Mercier, un grand journaliste du monde religieux

par Jean-Marie Guénois

Dans le journalisme, la discrétion est une vertu. Souvent un gage de qualité. Jean Mercier, 54 ans, rédacteur en chef adjoint à l’hebdomadaire catholique La Vie, était un professionnel d’abord animé par le sérieux de son travail, fort respectueux de ses lecteurs et dédaigneux du paraître. Cette éthique, personnelle et professionnelle, sa constance, ses immenses connaissances et sa compétence à toute épreuve le plaçaient parmi les grandes figures reconnues de la presse catholique, mais également du monde des spécialistes des questions religieuses.

Ce grand monsieur, souvent coiffé d’un large chapeau, que l’on voyait au fond des salles de presse, loin des regards, concentré sur son écran mais toujours l’œil vif et l’oreille attentive à tout ce qui se passait, s’est éteint ce jeudi.

Il est parti non sans avoir lutté contre un terrible cancer avec la même méticulosité et persévérance qu’il appliquait à son métier. Un combat de plus de trois années, à l’issue duquel il a dû rendre les armes, non sans dignité, dans une paix rayonnante.

Car ce grand chrétien se nourrissait à la source la plus profonde de la spiritualité. À ses amis, il a envoyé ce dernier message, le 2 juillet : <i>« Je suis désormais en soins palliatifs à Jeanne Garnier à Paris. […] Un lieu idéal pour terminer ses jours. Je suis donc sur ma dernière ligne droite. Je suis en paix, tout simplement. Je vous remercie pour votre générosité et je vous embrasse. »</i>

La <i>« générosité »</i> était plutôt sienne. Jamais avare d’un conseil, d’une aide concrète, activement chaleureux comme le sont les grands timides une fois franchi le seuil de l’appréhension des êtres. À l’hebdomadaire <i>La Vie</i>, où il avait été en charge du service religion depuis les années 1990, et dans le reste de la profession, il était unanimement apprécié.


Connaissance intime du protestantisme

Il savait aussi tenir tête, parce qu’il était animé par le goût non négociable de la vérité. Il citait d’ailleurs volontiers Bernanos : <i>« Il ne faut pas avoir peur de voir les choses en face et compter sur la grâce de Dieu. »</i> La phrase de l’Évangile <i>« La vérité vous rendra libres »</i> était pour lui une sorte de devise, car il chassait <i>« les idéologies, les idées et les clichés »</i> pour se consacrer au <i>« réel »</i>, des mots qui revenaient souvent chez lui. Cette exigence de vérité, il l’appliqua de façon spectaculaire dans son parcours personnel. Ce polyglotte – il parlait couramment anglais, allemand, italien et espagnol – avait vécu en Angleterre, où il avait découvert l’anglicanisme. Ce qui le conduisit à approfondir son christianisme au point de suivre une formation complète de pasteur dans l’Église protestante. Il était, à ce titre, diplômé de la Faculté protestante du boulevard Arago à Paris, mais il avait aussi longuement étudié la théologie en Allemagne.

Paradoxalement, c’est cette connaissance intime du protestantisme qui l’amena au catholicisme, où il demeura. Par la suite, ce germanophone nourrira une grande admiration pour la qualité intellectuelle du pape Benoît XVI.

Capacité British à faire rire finement

Cet homme de foi, de cœur et de raison était donc capable de soutenir des conversations de haut vol en matière de spiritualité et de théologie. Jean Mercier a ainsi écrit deux ouvrages qui ont rang de référence. Un <i>Dictionnaire du christianisme</i>, chez Librio en 2010 ; et un remarquable <i>Célibat des prêtres : la discipline de l’Église doit-elle changer ?</i>, chez Desclée de Brouwer en 2014. Avec force arguments historiques – c’était un féru d’histoire – et théologiques, il optait pour une réponse négative, estimant que l’Église devait maintenir le célibat des prêtres.

Très sensible aux situations réelles des gens, il avait aussi, aux premiers temps de sa maladie, consacré son talent à un petit roman sur la vie des prêtres de paroisse. Sans concession mais tissé d’humanité et d’humour. Car ce grand travailleur, nourri d’une culture anglaise qu’il chérissait, avait cette capacité, très British, à faire rire finement. Son <i>Monsieur le curé fait sa crise</i> (Éditions Quasar) fut donc un succès largement mérité, bestseller dans son genre. Ce conteur né y croque avec affection et précision les paradoxes de la vie débordée des prêtres d’aujourd’hui. Il prend leur défense car <i>« les prêtres ne sont pas des couteaux suisses »</i>, plaide-t-il en défendant <i>« la part du prêtre »</i> contre la <i>« dispersion »</i> multitâche qu’impose la surcharge des clochers. C’est en la collégiale de Vernon, dans l’Eure, que seront célébrées, lundi 23 juillet à 15 heures, ses obsèques. L’inhumation aura lieu, mardi 24 juillet à 14 heures à Mequer, près de Guérande, en Loire-Atlantique, où il a choisi de reposer. ?
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