Pas d'accord...

Le Forum Catholique

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Signo -  2018-02-25 22:43:21

Pas d'accord...

... avec l'idée selon laquelle les prêtres de terrain qui du jour au lendemain ont tout jeté par la fenêtre aient été des "comploteurs" infiltrés dans l'Eglise pour mieux la détruire de l'intérieur. C'est une vision simpliste du problème, et je pense que la réalité est plus prosaïque: la génération qui a eu une vingtaine d'années en 1960-1970 était composée d'Occidentaux fatigués d'être eux mêmes, se sentant étouffés par leur héritage culturel dont ils étaient dépositaires, dans lesquelles ils ont été élevés mais qu'ils ne comprenaient plus, qu'ils n'aimaient plus. Cet héritage était pourtant d'une inestimable richesse, et en même temps pouvait être perçu, sous certains de ses aspects, comme trop contraignant, composé de règles tellement nombreuses et lourdes qu'elles obscurcissaient ce qu'elles s'étaient données comme objectif de préserver: règles éducatives, familiales, sociales, professionnelles, religieuses... et liturgiques.

Par ailleurs, les nouveaux modes de vie venus d'outre-atlantique (société du plaisir, de la jouissance, de la consommation effrénée, société de l'individualisme et du divertissement, avec toutes les idéologies que ces modes de vie apportaient dans leur sillage: libéralisme, matérialisme, etc), avec leur immense puissance séductrice, accentuaient l'écart déjà bien large entre la vision traditionnelle du monde prônée par l'Eglise et une modernité de plus en plus irrésistible. Cette tension entre tradition chrétienne et libéralisme moderne a explosé à l'occasion du Concile, mais pas à cause du Concile, ce qui est très facile à démontrer, puisque comme je l'ai démontré dans un fil précédent, sur bien des points les progressistes de terrain sont allés, non pas plus loin que les préconisations conciliaires, mais dans un sens complètement opposé.

Cet effondrement de la liturgie est d'abord et avant tout le symptôme d'une profonde crise de civilisation et d'une "fatigue d'être soi" typiquement occidentale, et non pas le fruit d'un hypothétique complot moderniste, qui, en admettant qu'il ait existé, n'a certainement joué qu'un rôle très secondaire.

Cette question est essentielle, car de la sortie de la crise actuelle dépendra du bon diagnostic établi: il ne faut pas se tromper de combat. Il est parfaitement vain et insuffisant de vouloir "combattre les erreurs modernistes", ou bien réclamer simplement le retour à l'ancien rite, à l'ancienne discipline etc. Le problème est bien plus profond: c'est l'homme lui-même qui doit être réformé; c'est l'humanité traditionnelle elle-même qui doit être rétablie. Concrètement, cela signifie retrouver le sens du silence et d'une certaine lenteur à la place de la frénésie moderne; restaurer le primat de la contemplation sur l'action, de l'écoute sur le bavardage; retrouver le sens du réel et de la nature; retrouver la signification profonde et originelle du rite, préférer la force du symbole au discours soi-disant rationnel etc. C'est à cette condition seulement que la liturgie pourra à nouveau être comprise et vécue dans son authenticité.

Sans cette réforme de l'homme lui-même, les tentatives de restauration liturgique ne pourront que répéter les erreurs du passé, en imposant des rites et des règles à des individus incapables d'en saisir la signification profonde, et qui finiront donc un jour par les rejeter...
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