L'abandon, par l'Eglise, d'une partie de sa raison d'être.

Le Forum Catholique

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Scrutator Sapientiæ -  2018-02-17 10:01:30

L'abandon, par l'Eglise, d'une partie de sa raison d'être.

Bonjour Candidus.

Je cite cette réponse de Mgr FELLAY :

" Puisque beaucoup de religions rejettent l'indissolubilité du mariage, on pourrait penser que les mesures prises par Rome seraient inspirées par l'œcuménisme, mais je ne suis pas sûr qu'il y ait là nécessairement un lien. Je pense que le problème est une relativisation générale de la vérité et par conséquent une application laxiste de la loi et de la compréhension des commandements de Dieu. Ou, suivant les principes du personnalisme, une insistance telle sur la personne humaine que l'ordre de Dieu n'est pas primordial. (En d'autres termes, l'homme devient Dieu.) Vous trouvez cela au niveau de la religion et même de la législation aujourd'hui. Jean-Paul II a décrit cela comme de l'anthropocentrisme. Nous voyons maintenant cela appliqué au mariage. Tout le monde veut une vie facile... "

A. A mon sens, le problème réside dans l'abandon, par l'Eglise catholique, d'une partie de sa raison d'être, et dans le fait que bien des hommes d'Eglise ont entendu attribuer un caractère libérateur à cet abandon, par l'Eglise catholique, d'une partie de sa raison d'être .

B. Une Eglise catholique qui ne veut plus, ou, en tout cas, dans laquelle on ne veut plus distinguer clairement et fermement, ad extra et ad intra, d'une manière explicite et spécifique, entre la vérité et les erreurs, avant tout en matière religieuse, et pas seulement en matière morale, est une Eglise catholique qui abandonne une partie non négligeable de sa raison d'être, ou, en tout cas, qui abandonne une partie non négligeable de la mission et des moyens : la régulation doctrinale, le service de la vérité, qui contribuent grandement à ce qu'elle continue à être fidèle à sa raison d'être.

C. Il me semble vraiment que nous en sommes là, notamment à cause du contournement d'une partie des modalités ou du détournement d'une partie de la finalité de l'intégralisme personnaliste (de moins en moins intégraliste et de plus en plus personnaliste ?), et il me semble aussi que cet abandon d'une partie de sa raison d'être par l'Eglise elle-même est à l'origine de la situation actuelle, marquée par ces traits de caractère :

- de la confusion, dans l'esprit des fidèles,

- du consensus, entre l'Eglise catholique et l'esprit du monde,

- de la division, dans la vie de l'Eglise,

- de la diversion, qui empêche les esprits de "se poser" et d'analyser lucidement, entre autres choses,

a) l'ampleur et la portée de l'échec du Concile et de l'après-Concile, lequel ne s'arrête pas en 1978,

b) les origines philosophiques et théologiques et les conséquences doctrinales et pastorales de cet échec,

notamment et surtout en Amérique et en Europe occidentale.

D. Sans doute bien des hommes d'Eglise ne sont-ils pas explicitement partisans du fait qu'il règne autant de confusion ad intra, de consensus ad extra, de division dans l'Eglise et de diversion sur l'échec du Concile, mais combien d'entre eux sont-ils, ou seraient-ils, explicitement opposés à l'inscription, dans la longue durée, de cette confusion, de ce consensus, de cette division et de cette diversion, au point de dire OUI à la réappropriation et à la réutilisation, par l'Eglise elle-même, de la partie de sa raison d'être qu'elle a abandonnée, et de dire NON (ne serait-ce que par prudence !) à l'inclusivisme périphériste, que ce soit dans le cadre du concordisme axiologique interreligieux ou dans celui du conformisme "évangélique" intra-ecclésial ?

E. Je le dis autrement : une Eglise catholique dans laquelle on ne veut pas consolider la connaissance et la compréhension, par les clercs et par les fidèles, des différences de nature

- entre la foi en Dieu et la foi en l'homme,

- entre la loi naturelle et les droits de l'homme,

- entre la confession catholique et les autres confessions chrétiennes,

- entre la religion chrétienne et les autres religions,

- entre l'Esprit de Dieu et l'esprit du monde,

- entre l'esprit de sainteté et l'esprit de suivisme,

- entre la miséricorde et la débonnaireté dans le latitudinarisme,

- entre la vérité et le consensus, notamment dans l'ordre du croire,

est une Eglise dans laquelle une conception quasiment humanitaire de la Foi, de l'Espérance, de la Charité, est plus ou moins en mesure de se substituer à une conception pleinement théologale des vertus surnaturelles.

F. Ainsi, il paraît qu'il faut que l'Eglise soit "en sortie" vers son environnement extérieur : mais, bien souvent, dans les faits, pour dire quoi ou pour taire quoi, et pour faire quoi ou pour défaire quoi ?

Bonne journée.

Scrutator.
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