Enfin transcrite, cette réponse par le Père Molinié...

Le Forum Catholique

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Glycéra -  2017-05-14 23:00:43

Enfin transcrite, cette réponse par le Père Molinié...


Je vous prie d'excuser le délai...Pas réussi à faire plus tôt !

Je résume le propos, puis je donne quelques lignes extraites in extenso de la conférence du père Molinié en 1979, mais les mots n'ont pas vieillis...



Voici la teneur :

Le problème ainsi posé (avec « le monde va à sa ruine ») n’est pas doctrinal.

La difficulté est une différence de sensibilité spirituelle entre gens qui n’aiment pas Jésus : Jésus crucifié.

Ce que nous voyons dans le monde va à deux choses : cela va au martyre, ou bien à la mort, à l’Enfer. Le monde ne va pas à l’anéantissement.

Les uns veulent des valeurs humaines, non crucifiées, les autres des valeurs spirituelles, également non crucifiées. Les saints, eux, veulent Jésus crucifié, et eux avec !

Et cela change tout dans les débats et les choix de vie d’un chrétien véridique. Dans la vie des saints qui ont entendu la musique du Ciel, ces témoins-là ne veulent pas entendre parler du monde sans entendre de Jésus, et vivre comme Lui.

Le monde se construit, par les martyres nécessaires, (avec des persécuteurs nécessaires), de ceux qui suivent Jésus, joyeux, et pardonnant comme Lui.

Cela choque ? Cela fait peur à notre faiblesse ? Certes, et c’est grande douleur, mais c’est cela qui est prévu, annoncé, que nous savons arriver. C’est cela qu’un chrétien, en tremblant, doit dire au nom de sa Foi.

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Voici un peu de détails des mots du père Molinié:

On parle de valeurs humaines. Penser, pour comprendre, au martyre, à la persécution, aux maltraitances des enfants. Cela fait mal dans le cœur, quelque chose y crie que c’est Jésus-Christ crucifié ; un chrétien est sensible devant des valeurs humaines crucifiées, et non des valeurs humaines exaltées, idéalisées.

Ce monde que nous voyons ne court pas à sa ruine : il court à deux choses, il court au martyre chez ceux qui se sauvent, et il court à la mort chez ceux qui se perdent, mais il ne court pas à l’anéantissement. Cela n’existe pas.

On accusera ceux qui veulent défendre les valeurs humaines de s’intéresser aux choses temporelles, eh bien on dira que les traditionnalistes eux sont pour la foi, les…. Et je constate que ce n’est pas vrai : ils sont obsédés par le temporel tout autant que les autres

Ceux qui sont mobilisés dans toute leur énergie chrétienne parce que le monde court à sa ruine, je dis, ils ne sont pas mobilisés par ce qui faisait l’inspiration du Curé d’Ars, et ce qui fait l’inspiration de toute l’Eglise, et ce qui fait l’inspiration de l’Evangile à savoir : deux femmes sont dans un champ, l’une sera prise, l’autre sera … détruite : où est le monde qui court à sa ruine là-dedans ? il court à la transfiguration, il court à la transformation, il court à la gloire ou il court à l’Enfer, mais il ne court pas du tout à son anéantissement,

Ce que nous prêchons, ce que nous contemplons, ce que nous aimons, ce que nous annonçons, c’est un homme qui est dans la gloire après avoir traversé la mort et qui a arrangé les choses ; à moins d’une erreur grave de la part de l’Eglise depuis deux mille ans, qui se fonde sur les Ecritures elles-mêmes, sur St Paul lui-même : nous prêchons un messie crucifié, qui demande qu’on le contemple dans la gloire, sans oublier la croix.

S’ils s’attachent à des valeurs chrétiennes, de civilisation chrétienne, et de société convenablement policées par des constitutions, par des institutions dans lesquelles le pouvoir temporel respecte comme il convient le pouvoir spirituel : roi très chrétien, Pologne très chrétienne, (mais qui n’est pas spécialement sous un régime chrétien en ce moment bien sûr) et par conséquent martyre. Mais ce qui intéresse les Polonais justement,, ce n’est pas une cité chrétienne non crucifiée, ce sont des valeurs chrétiennes surnaturelles crucifiées, et non des valeurs surnaturelles confortablement installées dans le monde sous le nom de civilisation chrétienne, monde occidental.

Tout cela est très passionné et très passionnel ; c’est un dialogue de sourds parce que justement on n’est pas du tout entre gens courtois qui discutent de questions objectives ou mathématiques, mais entre gens passionnés qui s’envoient à la figure des valeurs qu’ils considèrent comme incompatibles les unes avec les autres et qu’ils considèrent le voisin vraiment comme le mal, comme l’ennemi, eh bien, on est entre gens qui veulent des valeurs humaines non crucifiées contre des gens qui veulent des valeurs chrétiennes non crucifiées. Alors, évidemment cela peut durer longtemps.

Un chrétien qui avance, qui vit, même s’il est déchiré dans son corps, en disant « qui me délivrera de ce corps de mort ? » parce que le corps ne suit pas, l’intendance ne suit pas du tout, mais alors, vraiment pas du tout, c’est quelqu’un qui a commencé à entendre la musique du Ciel, la saveur du Ciel, la saveur de la gloire à travers la croix du Christ. On peut le dire « drogué » de la musique du Ciel, il y tient, sans elle, rien ne vaut à vivre.

Comme le dit St Bernard : « vous pouvez me parler de tout ce que vous voulez, s’il n’y a pas le nom de Jésus au milieu de ces valeurs humaines, cela ne m’intéresse pas. »

Il ne peut pas y avoir l’Eucharistie si le Christ n’est pas crucifié. Il a donné sa chair à manger à travers le sacrement de la messe qui commémore efficacement le mystère de la passion, si je comprends bien tout ça, ça se tient. Si vous m’enlevez le Christ crucifié, vous m’enlevez tout ce qui fait le sel de la terre, le sel de la vie, le sel des valeurs humaines, y a les valeurs humaines, mais c’est … un régime sans sel… malgré le sucre et le reste, s’il n’y a pas de sel… Un monde comme ça, les chrétiens qui aiment Jésus… ce n’est pas possible pour eux.

Je fais appel à ceux au nom de qui je parle, à ces témoins de Jésus crucifié, je ne parle pas en mon nom…

c’est ceux-là les témoins de l’amour du Christ cela fait deux mille ans que cela n’arrête pas ; trouvez m’en un qui accepterait un monde meilleur, construire un monde meilleur sans Jésus-Christ et malheureusement, pour que Jésus soit crucifié, il faut qu’il y ait … le péché ; parce que Jésus n’a pas seulement voulu être crucifié et être contemplé , Il a estimé en tant que Verbe dans le Conseil Commun que les Trois ont tenus avant de décider l’Incarnation, il a décidé qu’il ne serait pas tout seul, parce que c’était tellement beau – je prononce ces mots en tremblant – beau pour un homme de subir ce sort d’être crucifié pour la gloire qu’il a voulu offrir ce cadeau invraisemblable à une multitude de frères, il est premier-né d’une multitude de frères. Par conséquent, si Jésus a eu besoin, Lui, pour être crucifié du péché de ses bourreaux animés par Satan, les chrétiens ont, sans interruption jusqu’à la fin des temps, jusqu’à la Parousie, besoin des persécuteurs qui feront, et qui font déjà, l’Eglise de Pologne, les martyrs…

Ce n’est pas un monde qui s’en va, c’est un monde qui se construit, c’est effectivement un monde meilleur qui est en train de se construire mais à travers la seule loi que les Evangiles nous ait donnée, qui est la loi du crucifiement et du martyre. Je n’en connais pas d’autre, moi, en tant que chrétien.

Il s’agit … de compatir, com-passire, de connaître si peu que ce soit, connaître une petite goutte de cette drogue extraordinaire, de ce flash invraisemblable qui s’appelle goûter à la saveur de la passion du Christ, chacun à sa petite mesure. S’il y a le plus faible désir de ça en vous, je maintiens que vous devez vous réjouir qu’il y ait des martyrs ; parce que nous savons que ceux-là triomphent en ce moment même, et ils le savent, et ils le chantent, en disant : nous pardonnons ; ce sont des martyrs, je l’ai déjà dit d’ailleurs récemment dans un sermon. Mais, je les envie ! Je les envie tout en me sentant complètement incapables de les suivre, mais je les envie, et un chrétien c’est d’abord quelqu’un qui les envie.

Qui dit autrement se trompe de monde, et de Dieu…

Ce qui déclenche une certaine colère de ma part ce sont tous ceux qui, aussi bien du côté des partisans d’une civilisation chrétienne et des valeurs chrétiennes d’abord, et hors de l’Eglise point de salut, du triomphe de l’Eglise, que du côté de ceux qui veulent avant tout les valeurs humaines, c’est s’organiser une existence de rampants dans lesquels ne passe pas le grand vent de cette folie. Je suis obligé de dire que la sagesse de Dieu c’est une gloire, c’est une victoire, c’est le moment où Dieu a triomphé plus que jamais de celui qui nous en écrase en ce moment tellement de la persécution de tous les chrétiens dans le monde comme il n’y en a jamais eu depuis le début du monde. Je crois pouvoir le dire, c’est une grande joie pour Dieu, voilà ! Et si je me permets de dire ça, c’est qu’il y a un certain saint Léon qui après le Vendredi-Saint dit aux chrétiens : « C’est fini, on ne va plus continuer à pleurer sur la croix, maintenant, il faut se réjouir car la croix c’est notre salut, c’est notre victoire. » Si on a chanté cela pour Jésus-Christ, on est bien obligé de le chanter aussi pour les serviteurs de Jésus-Christ qui ont la grâce infinie de Lui ressembler. Si on n’ose pas le chanter pour les serviteurs, sous prétexte qu’ils sont de notre temps, mais c’est qu’on n’ose pas le chanter pour Jésus-Christ non plus et c’est qu’on n’y croit pas

Si un monde persécute le maitre, ils vous persécuteront aussi . Le vrai problème est le suivant : est-ce que nous devons, est-ce que nous pouvons espérer que cesse la persécution ? C’est pas le problème de savoir si c’est des valeurs humaines ou des valeurs surnaturelles, quand il y a persécution, c’est tout qui est persécuté, et justement, nous nous en apercevons bien en Occident où soi-disant au nom des valeurs humaines, on persécute bien plus de valeurs humaines que de valeurs surnaturelles, puisqu’on fait l’avortement, tandis que chez les marxistes, je ne sais pas si on persécute évidemment les valeurs humaines, mais on persécute surtout les valeurs surnaturelles. Tout ça est de la persécution. Est-ce que cela s’en ira ? Oui, au dernier jour.

Mais, en attendant ? en attendant, il faut continuer à aimer Jésus crucifié, c’est cela ma réponse.

Désirez tout ce que vous voudrez, mais ne perdez pas le goût de Jésus crucifié et par conséquent aimez les persécuteurs ; aimez-les non seulement parce que ce sont des hommes, qu’il faut aimer tout homme et pardonner à tout homme mais parce qu’ils accomplissent une fonction sacrée, liturgique, nécessaire. Heureuse faute d’Adam, nécessaire péché des persécuteurs, voilà ce que j’ose dire au nom de la Foi mais évidemment pas au nom de ma faiblesse humaine à moi.


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