La politique s'est bâtie sur le social, mais le social n'est pas le champ du politique....

Le Forum Catholique

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le torrentiel -  2016-12-14 06:34:42

La politique s'est bâtie sur le social, mais le social n'est pas le champ du politique....

Cher baudelairec2000,


Il y a beaucoup d'"idées force" dans votre long développement, qui reprend une hostilité à Léon XIII qui ne date pas d'hier chez vous. En particulier, ce que vous dites de "l'esprit du ralliement" qui répond à un "utilitarisme de l'Eglise catholique" dans l'esprit des souverains pontifes, devait être dit et est dit avec une simplicité qui renforce votre point de vue, marqué du sceau de l'évidence. Cet utilitarisme de l'Eglise catholique va directement à l'encontre de ce qui devrait être sa pente naturelle: puisqu'elle croit au péché originel au plan moral, certains régimes politiques (et la Révolution française au premier chef) devraient avoir commis des péchés originels qui les condamnent définitivement, ou demandent repentance qui vaudrait, pour le régime issu de la Révolution, regret ou abjuration de la Terreur qui non seulement n'a jamais eu liieu,. Mais bien au contraire, la manière dont la laÏcité s'est faite contre l'eglise au lendemain du ralliement, et aujourd'hui la manière dont cette laïcité nous est "vendue" comme un pilier de la république constitue en creux une apologie de la Terreur.


Là n'est pourtant pas mon propos en réagissant, même si mon propos liminaire synthétise mieux le vôtre et est donc plus intéressant que les considérations qui suivent et que je tire de votre message:


-Le social n'est pas le champ du politique. Or, depuis Rousseau, la politique s'est bâtie sur le social. L'économie non plus n'est pas le champ du politique. Le champ du politique, c'est l'ordre et le bien commun.


-Le social est un champ naturellement religieux. Toutes les sociétés humaines imitent ou singent cette réalité spirituelle que dieu est Société parce que Trinité. L'invasion du vocable "social" correspond à celle d'une "alliance de seconde zone", la société humaine, sur l'Alliance première que devrait être l'alliance entre Dieu et les hommes et l'obéissance des hommes aux commandements de dieu.


-"La société" comme substrat politique dépourvu d'âme individuelle, comme forme de conscience ainsi que l'a bien montré Norbert Elias, et comme forme de conscience imposant la conscience individuelle au moment même où les individus perdaient leur âme, est une victoire temporelle et mondaine sur l'ordre spirituel.


-Parce que la philosophie politique du siècle des Lumières était profondément religieuse, elle a eu raison, de son point de vue, de prendre le social pour point de départ.


-Tactiquement, mais de façon subversive, sinon perverse, "l'esprit du ralliement" a eu raison de se déporter sur le social, de nature religieuse et qui était gros d'une "religion civile", l'Eglise n'ayant plus d'emprise sur le champ politique, tant sur la philosophie politique que dans ses rapports directs avec les acteurs de ce qui n'était plus la chrétienté.


-Mais l'Eglise, en s'emparant d'un vocable pseudo-religieux, "le social", pour contribuer à l'importer dans la politique, a ruiné le champ politique.


J'écris tout cela en fils du ralliement, qui trouverait intellectuellement inconfortable de tirer pratiquement les conséquences de ce que je crois indéniable: la Révolution s'est faite contre l'Eglise. Donc la Révolution est condamnable et l'Eglise devrait la condamner plutôt que de vivre avec son temps.


Je vous remercie de m'avoir permis de clarifier ces quelques réflexions.


Le torrentiel
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