Une opposition matérielle serait-elle moins grave qu'une opposition formelle ?

Le Forum Catholique

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Scrutator Sapientiæ -  2016-10-15 00:08:43

Une opposition matérielle serait-elle moins grave qu'une opposition formelle ?

Bonsoir et merci, Bernard Joustrate.

1. Si je comprends bien, la FSSPX est formellement opposée, opposée par principe

- à la mise en avant et en valeur de liberté religieuse, telle qu'on la trouve dans DH, et depuis DH,

- au dialogue oecuménique, tel qu'on le trouve dans UR, et depuis UR,

- au dialogue interreligieux, tel qu'on le trouve dans NA, et depuis NA,

- au dialogue avec l'homme et avec le monde contemporains, tel qu'on le trouve dans GS, et depuis GS.

2. Il se trouve qu'il ne s'agit pas là de la seule forme d'opposition à ces documents du Concile, à ces textes de Vatican II, puisqu'il existe, au moins depuis le début de l'après-Concile, une opposition "matérielle", une opposition par pratique, par pratiques théologiennes et épiscopales, par pratiques doctrinales, liturgiques, pastorales, au Concile Vatican II.

Ces formes d'opposition "matérielle", d'opposition pratique, au Concile Vatican II, ont reposé hier, et reposent, encore aujourd'hui, sur des interprétations ou des utilisations fallacieuses ou tendancieuses des mêmes textes du Concile (lesquels se prêtent, il est vrai, extrêmement bien, à de telles pratiques...).

3. Or, j'ai l'impression, depuis déjà quelques...décennies, que pour "Rome" (entre guillemets, car on est de plus en plus en droit de se demander qui parle vraiment au nom de "Rome"),

- seule l'opposition formelle, et par principe, à ces quatre textes du Concile Vatican II, est inexcusable,

- seule l'opposition matérielle, et par pratique(s), aux mêmes textes du Concile Vatican II, est excusable.

4. Il y a là une attitude qui amène à penser que, pour "Rome",

- un certain type d'opposition au Concile, un type d'opposition d'inspiration consensualiste, néo-moderniste ou néo-progressiste, n'est pas dramatique du tout, ou n'est pas si dramatique que cela,

- un autre type d'opposition au Concile, un type d'opposition d'inspiration controversiste, exclusiviste et objectiviste, est le seul vraiment condamnable, car le seul vraiment dramatique.

5. Cette appréciation romaine, cette appréciation bien plus asymétrique qu'équilibrée, de ces deux formes d'opposition au Concile Vatican II, me semble vraiment faire partie du problème, dans la mesure où elle conduit à n'exiger l'obéissance au Concile qu'à une partie de ceux qui s'opposent à son contenu, à ses documents.

6. Par exemple, que je sache, il y a deux manières de s'opposer à la notion de liberté responsable en matière religieuse :

- c'est, d'une part, en s'opposant formellement, et par principe, à la liberté religieuse, donc à tout ce qui se trouve au sein et autour du droit à la liberté responsable en matière religieuse,

et

- c'est, d'autre part, en s'opposant matériellement, et par pratique(s), à la prise en compte de la conception de la liberté religieuse la plus propice à sa mise en oeuvre responsable.

7. Pourquoi donc les catholiques qui s'opposent formellement à la liberté, même responsable, en matière religieuse, devraient-ils être les seuls à être mis en demeure de se soumettre à cette notion, telle qu'on la trouve dans DH, et depuis DH ?

8. Pourquoi donc les catholiques qui s'opposent matériellement à la liberté responsable en matière religieuse, en lui préférant telle conception postmoderne, relativiste, subjectiviste, de la liberté religieuse, pourraient-ils être les seuls à être dispensés de toute prise en compte docile, filiale, honnête, loyale, de la conception responsabilisante de la liberté religieuse que l'on trouve, par exemple, dans le Catéchisme de l'Eglise catholique ?

Il y a, dans tout cela, une chose (parmi de nombreuses autres, bien sûr...), une ambiguité romaine, ou une contradiction romaine, ou une équivoque romaine, que je ne comprends absolument pas.

Une opposition matérielle, et par pratique(s), à certains textes du Concile, serait-elle jugée presque légitime, là où une opposition formelle, et par principe, aux mêmes textes de Vatican II, a toujours été, et sera toujours, jugée totalement illégitime ?

Pourquoi un tel "deux poids, deux mesures", sur une question d'une telle gravité ?

Je vous prie de bien vouloir m'excuser pour ces quelques mots, et je vous souhaite une bonne nuit.

Scrutator.
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=813919