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Ce travail de l’historien italien est très estimable, notamment par le fait d’accorder une large place au contexte politique, ce qui permet d’entrer dans la psychologie des différents acteurs catholiques depuis l’époque du Second Empire. On apprécie la consultation de très nombreuses sources, ainsi que la cinquantaine de pages de documents annexés.
On pourra discuter l’affirmation de Charles T’Serclaes, que l’auteur paraît reprendre à son compte, selon laquelle Léon XIII avait le projet de réconcilier l’Eglise et le monde moderne, ce qui ferait de lui le lointain inspirateur de Vatican II. Son intention n’était-elle pas plutôt de pousser les catholiques à pratiquer une tentative de conquête légale en vue de quelque révolution nationale avant la lettre ? Quoi qu’il en soit, ce fut un piège, probablement en raison du manque de but clair et d’unité entre les acteurs.
La politique dite de « ralliement » engagée par Léon XIII a suscité, dès l’origine, une controverse. Roberto de Mattei y voit un « projet pastoral » qui a échoué à l’époque mais qui se serait réalisé « avec le Concile Vatican II ». La thèse est plus que contestable. Ce n’est pas une démonstration qui s’appuierait sur des documents incontestables, c’est une affirmation née de présupposés idéologiques.
Roberto de Mattei est depuis 2005 professeur associé à l’Université européenne de Rome. Il est l’auteur d’une oeuvre historique importante, dont beaucoup de titres ont été traduits en France
Mais il note aussi que « Léon XIII, de pape libéral qu’il apparaît dans certains imaginaires, est en réalité un pontife éminemment intransigeant et politique tout à la fois, imposant dans le même temps le non expedit en Italie – l’abstention la plus complète de toute participation des catholiques à la vie des institutions existantes –, et le Ralliement en France. »