Méditation avec le Précis de Théologie de Tanquerey

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ami de la Miséricorde -  2016-06-01 02:21:44

Méditation avec le Précis de Théologie de Tanquerey

1456. (...) 2) C'est ensuite une certaine immobilité qui fait que le corps conserve l'attitude où il a été surpris ; le regard demeure fixé sur un objet invisible. 3) Cet état, qui naturellement devrait affaiblir le corps, lui donne au contraire de nouvelles forces (Vie, ch. XVIII et XX). Sans doute au moment du réveil on sent une certaine lassitude, mais elle est suivie d'une recrudescence de vigueur.
4) Parfois la suspension des sens est complète ; mais parfois elle est incomplète et permet de dicter les révélations qu'on reçoit, comme on le voit dans la vie de Ste Catherine de Sienne. b) Les sens intérieurs sont suspendus encore plus parfaitement que dans l'union mystique dont nous avons déjà parlé.

1457. c) On se demande si la liberté est elle-même suspendue. On répond communément, avec S. Thomas, Suarez, Ste Thérèse, Alvarez de Paz, que la liberté demeure, et que par conséquent l'âme peut mériter dans l'extase : c'est librement en effet que l'âme reçoit les faveurs spirituelles qui lui sont alors données. d) Quant à la durée de l'extase, elle varie beau- coup : l'extase complète ne dure généralement que quelques instants, parfois une demi-heure ; mais, comme elle est précédée et suivie de moments où l'extase est incomplète, elle peut durer plusieurs jours, en tenant compte de toutes les alternatives par lesquelles elle passe. e) On sort de l'extase par voie de réveil spontané ou provoqué : 1) dans le premier cas, on éprouve une certaine angoisse, comme si on revenait d'un autre monde, et ce n'est que peu à peu que l'âme reprend son action sur le corps. 2) Dans le second cas, le réveil est provoqué par l'ordre ou rappel d'un supérieur : s'il est oral, il est toujours obéi ; s'il n'est que mental, il ne l'est pas toujours.

2° Les trois phases de l’union extatique

1458. Il y a trois phases principales dans l'extase : l'extase simple, le ravissement et le vol de l'esprit. a) L'extase simple est une sorte de défaillance qui se produit doucement, et cause à l'âme une blessure douloureuse et délicieuse en même temps : son Epoux lui fait sentir sa présence, mais pour un temps seulement ; or elle voudrait en jouir constamment, et souffre de cette privation. Toutefois cette jouissance est plus savoureuse que dans la quiétude. Ecoutons Ste Thérèse : « L'âme sent qu'elle vient de recevoir une délicieuse blessure. Comment, de qui l’a-t-elle reçue, elle ne s'en rend pas compte ; mais elle en comprend si bien le prix, qu'elle voudrait n'en jamais guérir. Elle se plaint à son Epoux par des paroles d'amour, et cela, même extérieurement. Elle ne peut s'en empêcher parce qu'il lui fait sentir sa présence, sans pourtant se manifester de manière à l’en laisser jouir. La peine qu'elle en éprouve est très vive, mais suave et pleine de douceur... elle goûte dans cette peine une joie tout autrement grande que dans la savoureuse absorption de l’oraison de quiétude, où il n'entre aucune souffrance.» (Château, 6e Dem., ch. II, p. 180). Il y a déjà dans cette phase des paroles surnaturelles et des révélations : nous en parlerons plus tard.

1459. b) Le ravissement s'empare de l'âme avec impétuosité et violence, si bien qu'on ne peut y résister. On dirait un aigle puissant vous emportant sur ses ailes : on ne sait où l'on va. Malgré le plaisir qu'on éprouve, la faiblesse naturelle cause, dans les commencements, un sentiment de frayeur. « Mais cette crainte est mêlée d'un ardent et nouvel armour pour Celui qui en témoigne un si tendre à un vermisseau qui n'est que pourriture » (Vie, ch. XX, p. 246). C'est dans le ravissement que se concluent les fiançailles spirituelles ; et c'est là une attention délicate de la part de Dieu ; car, si l'âme conservait l'usage de ses sens, elle perdrait peut-être la vie en se voyant si proche de cette suprême Majesté (Château, 6e Dem., ch. IV, p. 199). Le ravissement fini, la volonté demeure comme enivrée, et ne peut plus s'occuper que de Dieu ; dégoûtée des choses terrestres, elle a un désir insatiable de faire pénitence, si bien qu'elle se plaint quand elle ne souffre pas.

Source : Précis de Théologie Ascétique et Mystique de Tanquerey,
Desclée and Co, 1923

Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde
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