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Bruno, Dominicain en rupture de ban, avait depuis longtemps cessé de croire au christianisme quand il fut emprisonné par l’Inquisition romaine. Ses opinions cosmologiques, empruntées d’ailleurs au cardinal de Cuse, ne furent jamais mises en cause. En faire un martyr de la science, comme on l’a tenté parfois, est ridicule, car il n’a jamais exercé la moindre activité scientifique. Le Pape Clément VIII le garda sept ans en prison, espérant toujours le voir rejoindre l’Église et l’Ordre qu’il avait abandonné. Bien traité par l’Inquisition, il reçut une chambre confortable, dont on changeait le linge deux fois la semaine, et tout ce qu’il réclamait pour écrire. Le pape lui fit parvenir une pension mensuelle de quatre couronnes, ce qui lui permit de se procurer la nourriture de son choix (Angelo MERCATI, Il sommario del Processo di Giordano Bruno, dans Studi e Testi, 101, 1942, p. 126). Quatre couronnes valaient quarante giulii, et Fynes Moryson, le voyageur anglais, rappelle qu’il vivait alors à Sienne pour dix giulii, tout compris. Le Père F. Copleston, dont la grande History of Philosophy est une leçon de libéralité, consacre cinq pages à Bruno (III, p. 128), le relève de l’accusation de panthéisme, et salue en lui l’un des penseurs les plus marquants de la Renaissance. Bellarmin lui rendit visite, et réussit à le ramener à la foi, sauf sur un point secondaire de philosophie néo-platonicienne. Mais Bruno, extrêmement orgueilleux, et instable, retomba bientôt dans son attitude anti-chrétienne. Ce fut alors que Clément VIII, humain pourtant et plein de miséricorde, et qui avait été dirigé par saint Philippe Néri, décida de laisser la justice suivre son cours.