Des catholiques irénistes, et non une Eglise conciliaire.

Le Forum Catholique

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Scrutator Sapientiæ -  2016-03-02 07:15:13

Des catholiques irénistes, et non une Eglise conciliaire.

Bonjour Ennemond,

1. Pour ma part, je raisonnerai davantage en parlant de catholiques irénistes qu'en parlant d'Eglise conciliaire, le problème auquel nous sommes confrontés étant avant tout d'ordre comportemental et non avant tout d'ordre institutionnel.

2. Des clercs,

- en amont du Concile Vatican II, ont commencé à introduire dans une partie de l'Eglise,

puis,

- à la faveur du Concile Vatican II, ont commencé à imposer à presque toute l'Eglise,

un nouveau mode de raisonnement, avant tout pacificateur, et non avant tout sanctificateur, générateur d'un nouveau mode de comportement, intellectuel et relationnel.

3. Ce mode de raisonnement ne me semble vraiment pas être avant tout conciliaire, ni même avant tout moderniste ou progressiste, au sens strict du terme : il a commencé à se manifester d'une manière antérieure et extérieure au Concile, et a amplement survécu au (néo)modernisme et au (néo)progressisme, tels que nous les avons connus jusqu'à la fin des années 1980.

4. Ce mode de raisonnement n'est pas non plus "libéral", ou plutôt, à tout le moins dans le contexte français, bien des catholiques irénistes se disent "anti-libéraux", que ce soit sur le plan philosophique ou sur le plan économique.

5. Quatre des caractéristiques fondamentales de cet irénisme, parfois obsessionnel, sont l'anti-dogmatisme, l'anti-légalisme, l'anti-controversisme et l'anti-prosélytisme ;

- certes, on peut considérer que certains textes du Concile, tels que UR et NA, ont donné une forme de consécration magistérielle à au moins deux de ces principes généraux,

- mais des catholiques, fort peu nombreux, il est vrai, ont commencé à souscrire à ces principes dès l'avant-Concile,

- et bien des catholiques se sont mis à souscrire, à se résigner, ou à se soumettre, à ces principes, dans l'après-Concile, sans toujours bien connaître ni bien comprendre les textes du Concile.

6. Je vois dans cet irénisme, parfois obsessionnel, une perversion de la charité d'une extrême gravité, qui ne se limite pas à du modérantisme ou à du tolérantisme, mais qui va jusqu'à une inversion de ce que l'on devrait pouvoir dire et faire : les catholiques irénistes me font souvent penser à ces parents qui, "par amour" pour leur enfants, les laissent dire et faire ce qu'ils veulent, leur disent ou leur font ce qui les arrange, et taisent ou défont ce qui les dérange...

(Cela étant écrit, j'ai bien conscience du fait que la permissivité des catholiques irénistes est à géométrie variable : par exemple, s'ils permettent que la liturgie officielle ne soit pas respectée, ils ne permettent pas qu'elle soit respectée, ou, en tout cas, permettent qu'elle ne le soit pas, y compris en ce qui concerne le N.O.M.)

7. Je constate enfin que cet irénisme comporte une capacité de régénération, relativement indépendante des corps de doctrine successifs sur lesquels il surfe, et du corps de bataille, ici où là, en peau de chagrin, dont il dispose, précisément pour ne mener aucune bataille, ne serait-ce que défensive, contre les courants de pensée et d'action qui s'en sont pris hier, ou s'en prennent aujourd'hui, au christianisme catholique.

8. Des clercs irénistes ont été "communisants" hier, notamment dans les années 1950 et 1960, et à mon sens, pour être "communisants", ils n'avaient pas besoin de bien connaître le communisme : il leur suffisait d'être anti anti-communistes ; de même, des clercs irénistes sont "islamisants", aujourd'hui, et à mes yeux, pour être "islamisants", ils n'ont pas besoin de bien connaître l'islam : il leur suffit d'être anti anti-islamistes.

Bonne journée.

Scrutator.
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