Une forme de plébiscite quotidien

Le Forum Catholique

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PEB -  2016-02-22 23:31:46

Une forme de plébiscite quotidien

Le règne de saint Louis reposait autant sur ses mérites que par le consentement plus ou moins éclairé de ses peuples. Il n'aurait pu rien faire sans personne pour le suivre. On aurait pu imaginer la scène suivante:
- Dites, mes fidèles sujets! Si on partait en croisade?
- Euh! non. Pour finir, Eudes a poney et Thibaud a piscine. Et puis, chez les Sarrasins, on dit que le soleil tape dur. Même avec la crème solaire 50+, mon dermato, il me déconseille.
- Donc je vais me retrouver un peu tout seul en arrivant au port, les gars? Merci de la solidarité!
- Oui, c'est ça! En attendant les choux, ils ne vont pas planter tout seul. C'est pas tout ça de rigoler, Not' Bon Sire, mais on a du taf. C'est pas toi qui viens d'augmenter les impôts, d'ailleurs pour payer tes bêtises?

Tout ça pour dire que s'il y a eu un siècle de saint Louis, c'est qu'au delà des fortes personnalités, il y avait aussi un désir collectif de saint Louis. C'est plus la France qui a fait le Roi que le Roi la France.

Il y a donc une sorte de plébiscite quotidien qui maintient en place les régimes. Le pouvoir repose sur l'obéissance mais aussi sur l'écoute et sur la séduction.

Mais la cohésion d'un pays repose aussi sur les échanges économiques. Le marché est un lieu de démocratie où le panier de la ménagère est roi. L'ensemble des arbitrages économiques, éthiques, familiaux des petits font obstacle à la planification des grands et des savants. Lorsque l'on décide d'acheter tel produit et de le consommer de telle manière, on impacte une ligne de production et une chaîne de distribution en payant indirectement à tel producteur un certain salaire.

Par exemple, je suis persuadé le chômage chronique en France est le résultat d'un choix de société collectif plus ou moins inconscient. Il est le résultat non pas directement des politiques publiques mais de choix individuels épars formant une forme de volonté générale plus ou moins inconsciente.

C'est dans ce sens que le magistère récent parle non pas de péché collectif mais de structure de péché. Une structure de péché se caractérise par sa complexité globale mais émerge d'une multitude de "petites" lâchetés et laisse entrer en tentation la collectivité, bon gré mal gré.

Tout ça pour dire qu'un chrétien digne de ce nom ne se cache pas derrière le petit doigt des dirigeants politiques. Ceux-ci exerce une régence. En réalité, nous sommes tous cohéritiers de l'unique couronne d'Adam et d'Eve. La seule autorité de droit divin parce que naturelle est celle du père et de la mère de famille. Le reste n'est que délégation de pouvoir plus ou moins consentie. Cela fait de chacun de nous le gardien de nos frères (Gn 4, 9).

Que nous le voulions ou non, nous sommes soumis à l'épreuve de la liberté. Que vais-je faire de ma vie? pour moi? pour les autres? devant les hommes? devant Dieu? Le disciple du Christ, comme son divin Maître ressuscité, se moque des Caïphe, des Hérode et des Pilate et des autres systèmes de mort et d'asservissement. La justification du Crucifié devant le Père libère les enfants de Dieu des servitudes des temps anciens pour en faire les auteurs de leurs destinées. La puissance publique se fait humble servante. C'est sans doute le secret de saint Louis: s'être fait le serviteur de la justice et c'est déjà pas si mal.

Après l'exercice des responsabilités, ça commence dans sa famille, dans quartier, dans sa paroisse, dans son entreprise. C'est un ensemble de pas et de décision qui actionnent le monde. Comme disait Archimède: donne-moi un point d'appui et je soulèverai l'Univers.
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