Je suis "pas d'accord, puis d'accord", avec ce que vous écrivez.

Le Forum Catholique

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Scrutator Sapientiæ -  2016-02-13 22:21:52

Je suis "pas d'accord, puis d'accord", avec ce que vous écrivez.

Bonsoir jejomau,

Je suis "pas d'accord, puis d'accord", avec ce que vous écrivez sur le modernisme ; je pense ici au (néo)modernisme, qui est apparu en 1937, et qui a disparu, à peu près, à la mort de HUV Balthasar, en 1988. Voici ce que je crois pouvoir préciser sur cette question.

1. Sur le (néo)modernisme, en tant que phénomène intellectuel, je ne suis pas d'accord avec vous, car je suis convaincu

- que Chenu, Congar, Haring, Murray, Rahner, Teilhard, n'étaient pas dépourvus d'arguments, ou, en tout cas, n'ont pas été perçus, par bien des (futurs) clercs, qui les ont lus, comme étant dépourvus d'arguments, notamment entre 1945 et 1984 (année de la mort de Rahner), et surtout entre 1945 et 1968 ;

- que si la mayonnaise du (néo)modernisme a, aussi bien, "pris", c'est parce qu'il y avait en elle un minimum d'entendement et d'érudition philosophiques et théologiques, qui contrastaient, d'une manière séduisante, avec la philosophie et avec la théologie "officielles" antérieures, non parce que cette philosophie et cette théologie étaient "nulles", mais compte tenu de la manière de les enseigner qui a longtemps prévalu, dans le cadre du néo-thomisme post-tridentin.

2. En d'autres termes, l'opinion selon laquelle, avant, pendant, après le Concile, les (néo)modernistes l'ont emporté, non parce qu'ils étaient intelligents, mais uniquement parce qu'ils étaient plus mobilisés et mieux organisés, devrait pouvoir être relativisée : un Congar, un Rahner, n'étaient pas des imbéciles (c'est peut-être bien là qu'est tout le problème...), mais ils ont eu en face d'eux des contradicteurs qui ne bénéficiaient pas de la même audience, et qui, de par leur formation, n'étaient ni capables, ni désireux, de se placer sur le même terrain qu'eux, pour les contrecarrer.

3. Sur le modernisme pratique, en tant que vision de la vie et rapport à la vie, je suis d'accord avec vous : le modernisme pratique se caractérise par un refus d'accorder une certaine primauté à la vie spirituelle, et par un refus de consentir à certaines privations, dans la vie matérielle.

4. En ce sens, le modernisme pratique fonctionne à l'embourgeoisement, pour ne pas dire à l'attiédissement, de la vie chrétienne, probablement à cause d'une conception erronée de la doctrine sociale de l'Eglise, comme si cette doctrine était une instance de légitimation, auto-suffisante, du bonheur de l'homme dans ce monde.

Je termine ce message en prenant appui sur le titre du vôtre : le (néo)modernisme n'a pas été combattu efficacement, car il n'a pas été combattu...du tout, à ma connaissance, ni par Paul VI, dans les années 1970, ni par Jean-Paul II, dans les années 1980.

Bonne soirée.

Scrutator.
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