Vous commencez par une erreur, et poursuivez par un sophisme.
Le Forum Catholique
Imprimer le Fil Complet
Scrutator Sapientiæ - 2016-02-02 00:24:38
Vous commencez par une erreur, et poursuivez par un sophisme.
Bonsoir Abenader,
Vous commencez par une erreur, et poursuivez par un sophisme, mais il est tout à fait possible que l'un et l'autre soient involontaires.
1. Je vous cite :
" Vous comparez là deux choses qui ne sont pas du même ordre. D'un côté, la proclamation d'un dogme, de l'autre, une constitution conciliaire.
Ce n'est pas la même chose, mais les deux sont infaillibles, ne vous déplaise. "
2. Il y a au moins un contre-exemple bien connu, et présent au sein même du corpus conciliaire : il s'agit, qui ne le sait, de Gaudium et Spes, qui est une authentique constitution conciliaire, mais seulement une constitution pastorale,
a) en apparence, et d'une manière officielle, sur l'Eglise dans le monde de ce temps,
b) en réalité, et d'une manière effective, plutôt pour que contre la vision dominante (humaniste, et non catholique), de l'homme et du monde de ce temps (surtout dans la deuxième partie de "GS").
3. Les clercs qui ont "fait" Gaudium et Spes ont d'ailleurs apporté la précision suivante :
" La Constitution pastorale « L’Église dans le monde de ce temps », si elle comprend deux parties, constitue cependant un tout. On l’appelle Constitution « pastorale » parce que, s’appuyant sur des principes doctrinaux, elle entend exprimer les rapports de l’Église et du monde, de l’Église et des hommes d’aujourd’hui. Aussi l’intention pastorale n’est pas absente de la première partie, ni l’intention doctrinale de la seconde. Dans la première partie, l’Église expose sa doctrine sur l’homme, sur le monde dans lequel l’homme est placé et sur sa manière d’être par rapport à eux. Dans la seconde, elle envisage plus précisément certains aspects de la vie et de la société contemporaines et en particulier les questions et les problèmes qui paraissent, à cet égard, revêtir aujourd’hui une spéciale urgence. Il s’ensuit que, dans cette dernière partie, les sujets traités, régis par des principes doctrinaux, ne comprennent pas seulement des éléments permanents, mais aussi des éléments contingents. On doit donc interpréter cette Constitution d’après les normes générales de l’interprétation théologique, en tenant bien compte, surtout dans la seconde partie, des circonstances mouvantes qui, par nature, sont inséparables des thèmes développés."
4. Je peux vous assurer que la constitution conciliaire Gaudium et Spes n'est pas infaillible : comment une constitution conciliaire
- aussi imprécise ou incomplète, au moins dans les chapitres 2 et 4 de sa deuxième partie, sur l'essor de la culture et sur la vie de la communauté politique,
ou
- qui comporte des éléments aussi inspirés par une tendance à la confusion entre Espérance chrétienne inspirée par Dieu et optimisme humain orienté vers le monde,
pourrait-elle être infaillible, au sens plein de ce terme ?
5. Cela ne signifie pas que nous en sommes en présence d'un texte hérétique, mais cela signifie que nous sommes en présence d'un document qui a été rédigé par des clercs qui avaient un état d'esprit, un parti pris, infiniment plus bienveillant que vigilant, face à la conception dominante de l'homme, du monde présent, et du moment présent, dans le contexte, presque euphorique, de la première moitié des années 1960.
6. Volontairement, je ne me lancerai pas dans quelque analyse que ce soit de ce que vous écrivez sur la liberté religieuse, car il se fait vraiment très tard, mais n'oubliez pas, n'oublions pas, qu'il y a deux aspects, dans la promotion de la liberté religieuse.
7. A mon sens, le partisan de la liberté responsable en matière religieuse (et, à mon avis, c'est cette dimension responsabilisante qui a été évincée ou occultée, au moment puis en aval du Concile), sait bien que son oui en faveur de la liberté religieuse est à la fois
- un oui en faveur de l'exemption de contrainte, notamment et surtout étatique, en matière religieuse,
et
- un oui en faveur d'un accès de tous à la liberté d'expression, d'opinion, de manifestation, d'organisation, en matière religieuse,
dès lors que
- l'encadrement, la régulation, la supervision, par les pouvoirs publics,
- le bon usage, par les individus croyants et par les communautés croyantes,
de la liberté religieuse, sont respectueux, pour aller vite, du bien commun, de la loi naturelle, et de la personne humaine.
8. Au XIX° siècle, l'Eglise catholique a donné l'impression d'être contre la liberté religieuse pour les non catholiques, et de ne pas être contre la liberté religieuse pour elle-même. Il me semble qu'au Concile, à tort ou à raison, si j'ose dire, on a entendu mettre un terme à ce positionnement, et promouvoir la liberté religieuse, pour soi-même et pour les autres, mais d'une manière probablement bien plus "libératrice", sur le plan juridico-politique, que vraiment "responsabilisante", sur le plan spécifiquement religieux.
Bonne nuit.
Scrutator.
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=797032