Charité et libéralisme, Evangile et identité.
Le Forum Catholique
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le torrentiel - 2016-01-09 02:14:47
Charité et libéralisme, Evangile et identité.
Cher signo,
Je conçois que TC agit paradoxalement en défendant selon son identité un point de vue aantiidentitaire. Il fait des références selon son identité en d'héritier de la Résistance recommençant la chasse aux sorcières et aux évêques soupçonnés de collaborationnisme qui sévissait pendant l'épuration.
Cependant, TC répond négativement à une question qui se pose. Pour avoir franchi le rubicond deux fois dans ma vie dont la seconde aux toutes dernières élections régionales où je me suis résigner à voter Philippot que je n'aimais pas contre le détricotage de la société par la bureaucratie du capitalisme dont j'assiste presque charnellement aux destructions quotidiennes, je n'ai pas fait ce vote sans qu'il me pose un cas de conscience, dont j'admets qu'une partie est la souffrance mimétique de ne pas voter comme ma tribu: les catholiques de rite latin sous sa forme ordinaire, les démocrates chrétiens de l'Est de la France qui s'est longtemps cru le centre de gravité de l'Europe.
je réagis à votre message sur deux points:
-Vous défendez la thèse communément soutenue par les libéraux catholiques (et il y en a de respectables sur ce forum), selon laquelle la charité est individuelle, l'Etat étant ordonné au seul bien commun, et devant faire éviter à ses administrés les péchés individuels contre la morale chrétienne. Or un Etat de la froideur dont vous le dépeignez, outre qu'il n'a rien à envier aux bureaucraties totalitaires (ce n'est pas parce que Saint-Paul nous a recommandés, peut-être de façon politique, le respect des autorités de l'Etat que celui-ci doit être un glaçon administratif), ne saurait inciter ses administrés à pratiquer la charité, pour la raison qu'elle est complètement, de votre propre aveu, étrangère à ses vues.
-Autre chose sur quoi je reviens dans pas mal de mes interventions. Dieu a prévu, pour soutenir la vie publique, que la société s'organise en corps politique. Il a prévu de même que, pour "faire leur salut", les disciples ou les élus volontaires de la nouvelle Alliance participent au Corps mystique de Son Fils, par Qui le salut est arrivé sur la terre. Comment l'individu, qui doit s'incorporer aux autres tant sur le plan politique que mystique, pourrait faire son salut en perdant toute préoccupation d'autrui, au point qu'on aboutisse à cette formule absurde en régime chrétien, que chacun "fait son salut", alors que c'est le Christ Qui est notre salut.
Enfin, vous vous accommodez d'un identitarisme évangélique qui me paraît bien contraire à la lettre et à l'esprit du texte. Il faudrait que vous m'expliquiez en quoi l'Evangile, non pas l'evangile reçu, apprécié pour la beauté de son enseignement, aimé par esthétisme ou proclamé avec ferveur, mais l'evangile pratiqué, vous permet de rester vous-même. Si vous sauvez votre vie en ne bougeant pas vos lignes, en ne vendant pas tous vos biens, en n'étant pas prêt à tout perdre, vous êtes inaccessible au salut sauf Grâce spéciale, c'est la conclusion de l'épisode du jeune homme riche. Si vous sauvez votre identité, vous vous perdez. Car vous n'êtes pas le chemin, un autre l'est pour vous, qui certes part de votre personnalité pour construire avec vous votre chemin personnel. Vous n'avez pas la vérité, mais vous devez faire la vérité à la Lumière de Celui qui est la vérité. Et vous n'êtes pas la vie, vous recevez la vie en sortant de vous-même. Donc il n'y a pas de lecture identitaire possible de l'Evangile. L'Evangile est même furieusement antiidentitaire, il vous conduit à préférer Dieu à tout, à commencer par vos familiers (ce qui bat en brèche la théorie selon laquelle le prochain serait le plus proche alors que la parabole du bon samaritain dit exactement le contraire), et y compris votre propre vie.
Enfin, il y a un élément intrinsèque au Front national qui fait se demander si un catholique a le droit de voter pour ce parti politique. On pourrait considérer qu'il présente à la france une analyse de sa situation dans laquelle on peut se reconnaître. Une analyse doit s'effectuer aussi froidement que possible, moins froidement tout de même que l'autorité de l'Etat ne doit s'exercer selon vos vues, qui me donnent encore le frisson. Mais la manière de présenter cette analyse n'est pas neutre. Le Front national, qui s'est longtemps plaint d'être diabolisé, présente son analyse de la situation de la France en diabolisant ses deux adversaires, que seraient ceux qui gouvernent actuellement le pays, et qui ne seraient qu'un ramassis d'imbéciles et de lâches, et non pas les immigrés à proprement parler, sur lesquels la rhétorique profonde du Front national n'a jamais fait peser la responsabilité de l'invasion présumée qu'ils feraient subir à notre pays, mais les musulmans : Marine le Pen n'a embrassé la laïcité qu'afin de les contrer : interdire leurs prières de rue, la viande hallal au nom de la défense de la cause animale et alors que les chrétiens n'ont pas d'interdits alimentaires, sinon le sacrifice de la viande aux idoles (il faudrait alors supposer qu'Allah, qui est un nom par lequel nous-mêmes désignons dieu, serait une pure idole, fruit de la tromperie qu'aurait exercé le prophète Mohamed sur ses affidés ou dont lui-même aurait été victime).
Pour lâcher le mot qui fâche, mais n'en est pas moins vrai, le Front national présente de façon haineuse une analyse de la situation de la france qui peut être juste. Pourquoi tant de haine? Je ne serais pas, avec Gilles Keppel, de ceux qui identifient le front national à daech, ne serait-ce que parce que, si nous avions écouté le Front national depuis vingt-cinq ans, nous ne nous serions pas lancés dans les ingérances où nous ne cessons de nous engager depuis la première guerre du gofe et qui ne sont pas pour rien dans ce qui nous arrive: ce n'est pas parce qu'ils font des horreurs que les terroristes n'ont pas des raisons d'agir. Le Front national n'a pas de point commun avec Daech, mais avec les rapeurs. Il dénonce, mais il ne construit pas. Il ne veut s'allier avec personne. si Marine le Pen devenait présidente de la république, elle ne trouverait pas de majorité pour légiférer avec elle, car elle ne fait rien pour préparer le terrain et fédérer une union, un front des patriotes, des souverainistes ou des populistes comme le suggère Jacques Sapir, suggestion que repoussent 'avec dégoût tous ceux qui prétendent vouloir le salut de la france, de Philippe de Villiers, Nicolas Dupont-Aignan, Béatrice bourges, "les bonnets rouges", les petits entrepreneurs à Jean-Luc Mélanchon, pour reprendre la ligne de démarcation tracée par Henri Hude aux grandes heures de "la manif pour tous" et du "printemps français".
Manuel Valls a raison sur un seul point, ça m'écorche la bouche de le reconnaître: l'arrivée au pouvoir de Marine le Pen déclencherait une guerre civile, car elle aurait contre elle comme c'est déjà le cas, mais en action et non par le seul pouvoir du verbe, tous les corps intermédiaires. Elle prétend être capable, dans ces conditions, de redresser la France en s'attaquant à ses ennemis de l'intérieur et de l'extérieur avec ses petits bras. Or Marine n'a pas le bras long.
J'espère ne pas vous froisser par cette prise de position, mais TC et vous-mêmes avez développé une question qui me passionne: peut-on se déclarer catholique ou chrétien et voter Front national?
Le torrentiel, qui ne sait pas et qui doute.
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