C'est toute l'ambiguïté du "Aimes-moi comme Tu es"

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le torrentiel -  2015-12-16 02:29:22

C'est toute l'ambiguïté du "Aimes-moi comme Tu es"

Cher Aigle:

Vous ne pouvez manquer de connaître ce texte qu'on peut par exemple lire sous ce lien (si j'arrive à l'insérer):



Pour moi, ce texte, qui a souvent servi d'appât dans le milieu charismatique pour la conversion de pécheurs qui se croyaient très loin de Dieu, contient une injonction paradoxale. Si Dieu dit au pécheur: "Aime-Moi comme tu es", celui-ci est fondé à lui répondre: "Eh bien, commence par m'aimer comme je suis."


La conversion fait peur, car c'est un saut dans l'inconnu. A ceux qui ont peur du vide, l'Eglise propose un sentier plus facile qui commence par l'acceptation de soi pour être en mesure d'adorer Dieu. Mais est-ce un pari chrétien? D'une part, il est difficile d'aimer Dieu ou son prochain si on ne s'aime pas soi-même. Il est difficile d'aimer sans la confiance inaugurale en la vie qui nous a été donnée, ce qu'on appelle aujourd'hui, un peu à tort et à travers, la confiance ou l'estime de soi. Il est difficile d'aimer l'autre sans cette confiance en soi, sinon d'un amour difficile, névrotique, sacrificiel, lourd à porter pour celui qui le reçoit.


Mais d'autre part, si l'amour de soi-même est un commandement de Dieu, doit-on commencer par là? La psychologie le commande, mais psychologie et spiritualité ne font pas que se compléter. Notre société est éminemment psychologiste. Qui n'emploie pas les mots de la psychologie risque de couper la communication.


Mais c'est bien de rassurer les gens, nous avons tous besoin d'être rassurés. Mais la réassurance n'est pas vraiment la porte étroite. Et quand on a une fois goûté au confort de l'amour de soi, il est difficile de se jeter dans l'Amour de Dieu, promesse de délices après la déréliction.


La mère d'un de nos liseurs, J.L. d'André, aimait répéter dans ses chroniques :


"Il ne faut pas chercher les consolations de Dieu, mais le Dieu des consolations." On comprenait que les consolations viendraient quand on serait recru de larmes, comme la promesse au bout de la béatitude des affligés. Mais quand on pleure, on a tellement besoin d'être consolé que la consolation ne peut pas attendre. L'Eglise flatte notre impatience, mais comment peut-elle faire autrement sans rebuter?

Le torrentiel qui sait bien qu'"en philosophie, les questions sont plus essentielles que les réponses" (Karl Jaspers), mais qu'en spiritualité, il ne faut pas faire assaut d'"ambivalence pusillanime" (Scrutator sapientiae), il ne faut pas balancer entre le "oui" et le "non".
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