"Prendre la modernité à revers"

Le Forum Catholique

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Rémi -  2015-11-05 20:02:15

"Prendre la modernité à revers"


La modernité s’est, en effet, constituée par une critique de la doctrine chrétienne, notamment par sa disqualification de la grâce et du salut. En développant une doctrine anthropologique fondée sur une prise au sérieux de ce qui se joue dans le rite et le sacrifice (notamment dans La violence et le sacré– 1972 – Des choses cachées depuis la fondation du monde-1978- – et Je vois Satan tomber comme l’éclair-1999) Girard repose de fait la question de la vérité du christianisme.

En effet, la régulation religieuse de la violence ne fonctionne qu’en occultant son propre mécanisme. C’est parce que le sacrifice du bouc émissaire est vécu comme l’exclusion du responsable de la désagrégation sociale que la paix survient et que le bouc émissaire peut être alors perçu comme divin par ceux là même qui l’avaient sacrifié. Dès lors l’efficacité anthropologique du religieux repose sur un mensonge, une sorte de mystification ou d’aliénation pour reprendre un terme utilisé par Marx pour qualifier… le religieux ! Sauf que pour Girard cette mystification n’est pas révélée par une analyse socio-économique mais par le texte de l’Évangile. C’est bien lui qui dénonce le mensonge inscrit dans le sacrifice puisqu’il est écrit selon le point de vue de la victime sacrificielle qui n’est en rien coupable. Alors sous ce rapport, l’Evangile est-il une bonne ou une mauvaise nouvelle ?

Mauvaise, car la dénonciation chrétienne du religieux sacrificiel enraye sa fonction régulatrice. C’est ce que la modernité a reçu de l’Evangile mais en croyant qu’elle pouvait aussi se passer de la solution chrétienne, à savoir de la bonne nouvelle : la paix assurée par l’imitation de Jésus. Dès lors, la pensée de Girard provoque la modernité à une alternative radicale : soit la conversion au Christ soit l’escalade de la violence que plus aucun mécanisme ne peut endiguer, donc l’autodestruction du monde humain.

[...]

Prendre la pensée de Girard comme un système englobant permettant de tenir ensemble selon la même logique du mimétisme, et l’ordre de la nature et l’ordre de la grâce, expose à les réduire tous deux et donc à les dénaturer. Pour éviter cela et pour contrebalancer le compréhensible engouement qu’une telle pensée peut engendrer, la conscience de ses limites quant à sa méthode et à son objectif est requise. Rappeler cela permet d’en mesurer le juste apport scientifique, la fécondité apologétique et de l’intégrer dans cette longue tradition et dans cette riche culture que la raison humaine a engendré de par sa fréquentation assidue de la Révélation chrétienne.






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http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=790780