Je suis au regret

Le Forum Catholique

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Rémi -  2015-11-05 19:11:28

Je suis au regret

de ne pouvoir vous aider sur ce point cher Peregrinus, du moins dans la mesure où je n'ai pas lu cet ouvrage, ayant commencé directement par "La violence et le sacré" pour m'arrêter je crois à "Celui par qui le scandale arrive" . La triste nouvelle d'aujourd'hui me poussera certainement à reprendre ces lectures.


Il me semble toutefois comprendre que plutôt que de caractériser le roman, le désir mimétique y est seulement plus facilement discernable. En réalité c'est d'abord comme professeur de littérature que Girard s'aperçoit de la constante de ce désir comme point commun aux (grandes) œuvres de fiction, les romans donc, et ce n'est qu'ensuite qu'il en dégage sa théorie appliquée au réel, non plus comme spécialiste de littérature mais comme anthropologue en herbe. Or, ce faisant, il sera amené à prendre ses exemples littéraires de sa "théorie mimétique", très nombreux et divers, non plus seulement dans les romans mais dans les récits mythiques en général et partant dans l'épopée et le théâtre et singulièrement, évidemment, la tragédie, mais aussi l'épopée autant que je me souvienne, exemple en un sens plus près du réel que le roman, en tant que ces récits, bien plus que les romans et d'autant plus qu'ils sont anciens, sont pour Girard des témoignages camouflés d'évènements réels, liés aux crises archaïques de violence mimétique et de leurs résolutions (Œdipe et la peste à Thèbes, par exemple). Et il sera finalement conduit à dégager la très haute spécificité des récits évangéliques du point de vue de sa théorie.

Je pense donc sous toute réserve que la littérature romanesque n'a été en quelque sorte qu'une porte d'entrée, un élément, celui qu'alors il connaissait le mieux, initiateur de tous les développements qui allaient suivre, dont les aspects métaphysiques, aspects qui se déduisent de sa théorie déjà bien avancée plus que des prémices qu'il en a trouvé dans la littérature.

En bref, il fait d'abord œuvre de chercheur en littérature, travail qui l'amène presque fortuitement à se muer en anthropologue, et ce n'est qu'au bout de ce chemin, ou du moins ce chemin étant bien avancé, qu'il est comme contraint d'envisager les aspects métaphysiques de ses découvertes tout en se défendant de faire œuvre de philosophe, désormais bien loin des exemples romanesques qui lui donnaient ses premières intuitions.


Espérant vous avoir été de quelque secours, je pense de mon côté lire prochainement ce premier ouvrage important dans son œuvre.
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