La société française ne propose (plus) aucun modèle.

Le Forum Catholique

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Scrutator Sapientiæ -  2015-08-16 09:56:02

La société française ne propose (plus) aucun modèle.

Bonjour et bon dimanche à jejomau,

A. Je réagis un instant, au contact de votre phrase :

"le modèle proposé par la société française ne leur convient plus."

B. Il n'y a pas qu'à "eux" que la société française ne propose (plus) aucun modèle, sauf à supposer que les confusions contemporaines

- entre accumulation des intérêts particuliers et développement de l'intérêt général,

- entre civilisation et divertissement,

- entre hédonisme et humanisme,

- entre liberté, égalité, fraternité, et libertarisme, égalitarisme, fraternitarisme,

soient constitutives d'un modèle de société.

C. Il fut un temps, l'Etat ne proposait pas, mais prescrivait, non seulement un modèle de société, mais aussi, en amont et en surplomb, un modèle de culture, et il était fier de le faire.

D. Depuis déjà quelques décennies, disons depuis 1975,

- la société civile est de plus en plus livrée à elle-même, mais pas en ce qui concerne une pression fiscale anti-économique et une pression morale anti-traditionnelle,

- c'est la moindre des choses que la transformation progressive du triptyque républicain en un "Eugénisme, Hédonisme, Euthanasie" constitue davantage un repoussoir qu'un modèle, pour une partie de ceux qui sont tentés de le compléter ou de le transformer par tel ou tel "Autorité, Identité, Communauté".

E. Nous sommes sur le Forum catholique ; quel regard catholique pouvons-nous porter sur ces aspirations, sur ces évolutions, certaines d'entre elles ayant été introduites dans l'esprit public et dans le corps social par l'Etat lui-même, comme pour faire diversion, pour faire ignorer ou pour faire oublier son inappétence ou son incompétence pour résoudre d'autres problèmes (Education, Sécurité) ?

F. Je dirai ces choses :

- d'une part, il y a quelque chose de pire que le déclin, c'est le consentement au déclin, le contentement dans le déclin, avant tout spirituel : dans ce contexte, un grand "merci" à l'augmentation indéfinie du décervelage audiovisuel, de la dépense publique sociale, et des jeux d'argent en tous genres, qui sont les trois versions contemporaines de ce que l'on a fait connaître et subir à Rome : du vain, du pain, et des jeux ;

- d'autre part, pour pouvoir donner du sens à l'action commune, ou à l'agir commun, encore faut-il qu'il y en ait un, ou une, or le croire-ensemblisme et le vivre-ensemblisme, mêmes prônés par l'épiscopat, ne peuvent pas faire office de donation de sens, nourricière, structurante, au service de l'être-ensemble et de l'agir-ensemble, a minima sur l'essentiel ;

- enfin, quand l'Etat, au sens large, aura chaque année encore moins d'argent pour continuer à financer tout cela, ou la prise en charge palliative des conséquences de tout cela (et ce processus de dépérissement financier a déjà commencé), il y aura, entre autres choses :

a) davantage d'agressivité, entre les individus, entre les communautés,

b) la nécessité de mettre en place davantage de solidarités non étatiques de proximité,

c) la tentation de désigner un ou plusieurs bouc-émissaires, dont le catholique "intégriste".

G. On peut toujours prendre date dès aujourd'hui et appeler à un sursaut, encore une fois, avant tout spirituel, dès aujourd'hui, mais à mon avis il y aura un élargissement de la fenêtre d'opportunité plutôt demain, quand les structures et le système actuels auront vraiment commencé à s'effondrer.

H. Un jour prochain, les catholiques d'une paroisse se feront caillasser à la sortie de la messe du dimanche par des croyants non chrétiens adeptes d'une religion séculière moyenne-orientale ; ils iront voir leur évêque, qui leur dira "comprendre ces frères non chrétiens" et qui reprochera à ces paroissiens

- de n'avoir pas encore assez dialogué, c'est-à-dire de ne s'être pas encore assez soumis, notamment, au croire-ensemblisme vivre-ensembliste, potentiellement dhimmitisant,

et

- de compter dans leurs rangs un fidèle "intégriste", "intolérant" qui a exhorté ces croyants non chrétiens à la conversion vers Jésus-Christ ET à l'abandon de leur religion.

C'est ce jour-là, ou, en tout cas, ce type de jour-là, que j'attends avec impatience, quand je parle de l'élargissement de la fenêtre d'opportunité, nécessaire et préalable à la mise en oeuvre d'un sursaut avant tout (mais pas seulement) spirituel.

Bon dimanche et à bientôt.

Scrutator.
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