Et voici une herméneutique du renouveau dans la contingence historique.
Le Forum Catholique
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Scrutator Sapientiæ - 2015-08-14 15:22:51
Et voici une herméneutique du renouveau dans la contingence historique.
Bonjour et merci, Jean Ferrand.
Je cite chaque paragraphe puis réagis à sa suite.
A. " Je crois que la question de Vatican II ne doit pas être une “conditio sine qua non”, dans la mesure où c'était une assemblée de caractère pastoral, à visée pastorale ".
1. Ce qui est en cause ici, ce n'est pas avant tout l'assemblée qu'a été le Concile, hier, mais ce sont avant tout les documents qui ont été ceux du Concile hier, qui sont ceux du Concile, aujourd'hui, et qui seront ceux du Concile, demain, en ce qui concerne son corpus textuel, à moins d'en modifier le dispositif, la formulation.
2. Personne ne conteste que le Concile a été une assemblée à caractère pastoral, à visée pastorale, y compris, à mes yeux, en tant qu'assemblée à caractère adogmatique et à visée consensuelle, mais qui peut nier qu'il y a eu élévation au rang de quasi-dogmes des documents dont le contenu est précisément le plus spécifique au Concile ?
3. N'est-ce pas cette dogmatisation qui pose le plus problème, compte tenu des expressions et omissions de ces mêmes documents, mais aussi compte tenu de la relation post-conciliaire à ces documents, et aux notions ou réalités qu'ils évoquent ou omettent, que cette dogmatisation implique ?
B. " Une partie (LAQUELLE ?) des déclarations conciliaires (LESQUELLES ?) ne reflète que leur époque (!!!), et leur valeur (!!!) est temporaire (!!!), comme pour TOUT document pastoral ou disciplinaire (!!!). "
4. Dénoncer, déplorer, combattre, contester, la compréhension dominante de la formulation, ou la dogmatisation, dont quatre documents du Concile ont fait l'objet, est une chose, mais écrire
- qu'une partie des déclarations conciliaires NE reflète QUE leur époque
- que leur VALEUR est TEMPORAIRE,
- comme pour TOUT document PASTORAL ou DISCIPLINAIRE,
est une tout autre chose, me semble-t-il.
5. On peut et on doit s'interroger sur la notion d'époque reflétée par "une partie des DECLARATIONS conciliaires" (mais UR est un décret, et GS est une constitution...seulement pastorale, il est vrai).
Parle-t-on ici
- du temps très court de la première moitié des années 1960 (marqué par une certaine forme de culture globale optimiste, quasiment extatique, dans l'Eglise et dans le monde, à tout le moins occidental) ?
- du temps court des années 1960-1970, temps court qui a sa spécificité, de l'élection de Jean XXIII à l'élection de Jean-Paul II, ce qui fait que l'immédiat avant-Concile, le Concile, et le premier après-Concile, constituent un ensemble ?
- du temps long des années 1945-2005, temps long qui a, lui aussi, sa signification, de la fin de la seconde guerre mondiale à la mort de Jean-Paul II, ce qui fait que, de l'avant-Concile sous Pie XII à l'après-Concile sous Jean-Paul II, nous sommes également en présence d'un ensemble ?
- du temps très long qui s'est écoulé des années 1914 jusqu'à aujourd'hui ?
6. En effet, sur ce temps très long, soyons clairs, si nous en sommes là où nous en sommes, notamment et y compris en ce qui concerne le Concile, c'est parce que la crise primo-moderniste des années 1893-1914 a été suivie par une crise néo-moderniste, au moins après 1945, puis par une crise post-moderniste (= influencée par la mentalité ou la philosophie postmoderne), dont la théologie et la pastorale partisanes et promotrices du pluralisme moral et/ou religieux sont deux puissants vecteurs, et qui est encore plus dangereuse que les crises qui l'ont précédée.
7. La question est donc de savoir à quel "temps", très court, court, long, ou très long, on fait allusion, quand on écrit : "Une partie des déclarations conciliaires ne reflète que leur époque".
Si les documents du Concile dont la portée ou la valeur est ainsi minimisée ne reflètent que l'optimisme extatique de la première moitié des années 1960, il doit être possible, au moyen de compléments et de correctifs appropriés et proportionnés, et surtout plus réalistes et plus...traditionnels, de faire en sorte que la formulation de ces documents ne débouche plus sur une compréhension iréniste et optimiste des relations avec les confessions non catholiques, avec les religions et traditions non chrétiennes, avec l'individu et le monde contemporains.
Mais si les mêmes documents du Concile reflètent tout à fait autre chose, un mal plus profond, dont les causes sont plus lointaines, et dont les effets sont plus durables, un mal avant tout théologique, et non avant tout magistériel, un mal d'inspiration adogmatique et immanentiste, dont seuls les "abus" ou "excès" ont été considérés comme de vrais maux par bien des clercs, au moins depuis 1945, qui peut dire qu'il est vraiment possible, au moyen de compléments et de correctifs, de faire en sorte que la compréhension dominante de la formulation de ces mêmes documents contribue beaucoup moins à la fragilisation de l'identité et de l'intégrité de la Foi catholique ?
Pour le dire autrement : cela a été une chose, pour Jean-Paul II et pour Benoît XVI, de dire non à la théologie de la libération sociale et politique, mais cela aurait été une tout autre chose, pour les mêmes Papes, de dire non, avec autorité, d'une manière impérative et officielle, à une certaine forme d'anthropocentrisme ou d'ecclésiocentrisme théologique auxquelles un Rahner, un Congar, ou leurs continuateurs, mais aussi une partie du Concile, n'ont été ni étrangers, ni opposés...
8. Je vais dire moins de choses sur la deuxième partie de la même phrase : "Une partie des déclarations conciliaires ne reflète que leur époque, et leur valeur est temporaire, COMME POUR TOUT DOCUMENT PASTORAL OU DISCIPLINAIRE", mais je souligne néanmoins la grenade à fragmentation que constituerait cette même deuxième partie, dans tous les directions et dans toutes les domaines, en l'absence de distinctions, de précautions et de précisions, de nuances et de prudence...
C. "Au regard de la perspective bi-millénaire de l’Église, on peut dire que les deux parties (le Saint-Siège et la FSSPX) surévaluent et surestiment une réalité pastorale de l’Église, qui est Vatican II".
9. J'ai longtemps entendu dire que les deux parties qui surévaluent et surestiment Vatican II, les unes, en négatif, les autres, en positif, sont les intégristes et les progressistes, en d'autres termes,
- les "rupturistes", contraints et forcés de l'être, compte tenu des éléments constitutifs d'une rupture qui sont vraiment présents dans au moins une partie des textes de Vatican II,
- les "rupturistes", capables et désireux de faire de ces mêmes "éléments de rupture" des points d'appui propices à un éloignement ou à une opposition, d'inspiration évolutionniste ou horizontaliste, vis-à-vis de l'Ecriture, de la Tradition, du Magistère.
10. Mais c'est l'une des premières fois que j'entends parler d'une surévaluation, d'une surestimation, de Vatican II, par le Saint-Siège. De Jean XXIII à Benoît XVI, on a voulu, aimé, promu, servi le Concile Vatican II, et je suis convaincu que la ligne de défense pontificale post-conciliaire a presque toujours été celle-ci :
OUI à la formulation officielle et à la valeur pérenne de tous les documents du Concile, ce OUI n'ayant pas fait obstacle au recentrage ultérieur, incarné notamment par Veritatis splendor et par Dominus Iesus,
mais
NON à la compréhension dominante, ou à toute compréhension rupturiste, dont cette formulation est l'objet, et qui constitue une falsification, ou, en tout cas, une fragilisation, de ce que le Concile a vraiment voulu.
11. Comment voulez-vous que la formulation du Concile soit bonne, soit féconde, pour l'Eglise, pour hier, aujourd'hui, demain,
- si "une partie des déclarations conciliaires ne reflète que leur époque",
et
- si la "valeur" de cette partie de ces déclarations est "temporaire" ?
12. Je vois dans la prise de position que je viens d'analyser une tentative de commencer à sortir d'un certain type d'ornière, mais il ne faudrait pas se tromper d'ornière (ni de manière d'en sortir) : la "petite" ornière que constitue la première moitié des années soixante est elle-même située à l'intérieur d'une ornière plus grande, plus large, plus profonde, qui a commencé à se former après 1945, voire après 1914, et cette ornière n'est pas avant tout "magistérielle irénisante", mais est avant tout philosophique et théologique.
D.
13. La vérité oblige à dire que les éléments de rupture que comportent au moins quatre textes du Concile ont une valeur "spécifique",
- non seulement parce que leur contenu reflète leur exposition à une demi-décennie tout à fait particulière,
- mais aussi et surtout parce que leur contenu reflète leur ouverture sur un état d'esprit apparu très en amont, et très en surplomb.
14. Et je connais suffisamment l'histoire du Concile pour savoir que bien des Pères du Concile, à tout le moins parmi les Pères européens occidentaux, étaient heureux de pouvoir dire, au sein et autour de l'aula conciliaire, tout ce qu'ils devaient aux dominicains et aux jésuites qui ont contribué à l'émergence, dès la fin des années 1930, de cet état d'esprit.
15. On (Benoît XVI) nous a dit en substance, en 2013 : le très bon Concile a débouché sur un moins bon, voire parfois sur un mauvais après-Concile, à cause des médias qui ont sévi, pendant ou après le Concile, au sein ou autour de l'Eglise, et qui ont imposé une herméneutique journalistique qui a introduit une mentalité contestataire des autorités, des institutions, et du Magistère, y compris conciliaire.
16. On semble nous dire à présent, en substance, en 2015 : le très bon Concile a débouché sur un moins bon, voire parfois sur un mauvais après-Concile, à cause des sixties qui ont sévi, pendant ou après le Concile, au sein ou autour de l'Eglise, et qui ont imposé une ambiance qui a rejailli sur au moins une partie de la doctrine, un climat qui a rejailli sur au moins une partie du corpus.
Mais QUAND nous dira-t-on en substance : le très bon Concile n'est pas si bon que cela, à cause de son exposition imprécise ou de son ouverture imprudente sur un état d'esprit, un mode de raisonnement, philosophique ou théologique, que l'on doit notamment à un Chenu, à un Congar, à un Rahner, à un Teilhard, ce mode de raisonnement, qui a commencé à apparaître au plus tard juste après 1945,
- étant plutôt porteur de principes ou de tendances propices à l'adogmatisme ou à l'immanentisme, à l'anthropocentrisme ou à l'ecclésiocentrisme, à l'évolutionnisme ou à l'horizontalisme, à l'herméneutisme ou à l'historicisme,
- ayant plutôt tendance
a) à transformer le christianisme catholique en un irénisme optimiste, plus consensuel que missionnaire, et virtuellement eudémoniste ou oecuméniste,
et
b) à ne rien opposer à une concrétisation de ces virtualités, dans deux directions postmodernes, chimériques mais dangereuses :
"l'émancipation anthropocentrique" dans l'ordre de l'agir, et "l'unification interreligieuse" dans l'ordre du croire ?
Je vous prie de bien vouloir m'excuser, à cause de la longueur excessive de ce message, et je vous souhaite une bonne journée.
Scrutator.
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