Le diocèse d’Agen crée la première paroisse sans prêtre de France
Le Forum Catholique
Imprimer le Fil Complet
Jean Kinzler - 2015-07-10 09:45:34
Le diocèse d’Agen crée la première paroisse sans prêtre de France
Le diocèse d’Agen, comme de plus en plus de diocèses de France, est en train de mourir, faute de prêtres. Demander de l’aide aux communautés qui ont des vocations, par exemple aux bénédictins de Notre-Dame de La Garde installés près d’Agen, les monastères bénédictins prenant parfois en charge une ou deux paroisses ? Il n’en est pas question ! Alors, les paroisses du diocèse ont été regroupées en 26 paroisses nouvelles, ce qui a permis un temps d’avoir encore un curé (à Agen, on dit un « responsable de la paroisse ») par entité nouvelle. Mais, comme toujours en pareil cas, la mesure n’accorde qu’un délai de grâce, et aujourd’hui, lorsqu’un curé meurt ou se retire, l’évêque d’Agen, ne peut plus le remplacer. Ce sera le cas pour une dizaine de paroisses dans les prochaines années. Et puisqu’on ne veut pas considérer la racine du mal et se demander pourquoi les vocations se font si rares dans les diocèses, ou en tout cas dans de pareils diocèses, il faudra donc regrouper les regroupements, et puis encore regrouper.
Ou bien innover selon les vues de Mgr Rouet, lorsqu’il était évêque de Poitiers, c’est-à-dire organiser une Eglise sans prêtres, avec des paroisses sans curés… Il faut dire que le diocèse d’Agen contient un riche terreau pour la germination de ces idées mortifères. L’abbé Jean Rigal, une des sommités de la théologie d’ouverture en France, qui fut longtemps professeur d’ecclésiologie à l’Institut catholique de Toulouse, compte de nombreux disciples prêtres et laïcs dans le diocèse d’Agen… Les livres que Jean Rigal a publiés infatigablement aux éditions du Cerf étaient la mise en musique des idées ecclésiologiques les plus subversives : Artisans d’une Église nouvelle, 1976 ; Préparer l’avenir de l’Église, 1990 ; L’Église en chantier, 1994 ; Horizons nouveaux pour l’Église, 1999 ; etc. Certes, dans le Lot-et-Garonne comme ailleurs, quelques prêtres classiques des jeunes générations existent. Mais les disciples de Jean Rigal sont fort bien implantés. Les affaires canoniques du diocèse y sont ainsi confiées à l’un d’eux, Georges Morin, diacre permanent, docteur en droit canonique, professeur à l’Institut catholique de Toulouse, très influent chancelier du diocèse.
Théoriquement, un procédé canonique, mis au point dans le Code de 1983, existe pour encadrer de telles situations paroissiales en période de pénurie sacerdotale. Il s’agit du canon 517 § 2, qui stipule :
« Si, à cause de la pénurie de prêtres, l’Evêque diocésain croit devoir confier à un diacre ou à une autre personne non revêtue du caractère sacerdotal, ou encore à une communauté de personnes, une participation à l’exercice de la charge pastorale d’une paroisse, il constituera un prêtre qui, muni des pouvoirs et facultés du curé, sera le modérateur de la charge pastorale ».
En langage canonique, modérateur signifie président. La formulation même du canon montre quelle était l’intention des auteurs : comme il n’y a pas de vie paroissiale sans prêtre et sans sacrements, on peut à la rigueur confier à des non-prêtres « une participation à l’exercice de la charge pastorale », mais c’est tout de même un prêtre (généralement le curé d’une paroisse voisine), « muni des pouvoirs et facultés du curé » qui sera le « modérateur de la charge paroissiale ». Ce modérateur est donc en fait un curé non résident.
Ce qui ne satisfait nullement les partisans d’une « Eglise horizontale ». De sorte que Georges Morin et Mgr Hubert Herbreteau ont concocté une formule à eux. Pour ce faire, ils ont choisi comme terrain d’expérimentation, la paroisse qui a reçu le nom de « Saint Pierre et Saint Martial des Coteaux » (autrefois un ensemble de paroisses dont les principales étaient : Cancon, Castillonnès et Monbahus), sur le territoire de 20 communes, avec presque le double de clochers, dont le curé, l’abbé Arnaud Lassuderie vient de partir en Nouvelle-Calédonie. « Votre paroisse est invitée à la créativité », a déclaré Mgr Herbreteau aux paroissiens médusés. Le moment est venu, leur a-t-il dit, « de susciter dans notre Église diocésaine, d’autres manières de « faire Église » ». La décision a été prise à l’assemblée paroissiale du 7 décembre 2014.
Pour ce faire, Mgr Herbreteau et son chancelier disposaient de l’homme adéquat, un laïc très engagé, Christian Millot, capable de faire de belles déclarations devant les journalistes de KTO sur la fin de « l’Eglise pyramidale », comme dans les livres de Rigal. Sa conférence de carême sur le rôle des laïcs dans l’Eglise est à lire pour comprendre son état d’esprit. Ce retraité a donc été nommé, en janvier 2015, non pas « participant à l’exercice de la charge pastorale d’une paroisse » (canon 517 § 2), mais rien moins que « responsable de la paroisse » :
« Monsieur Christian Millot, délégué pastoral, est nommé, pour trois ans, responsable de la paroisse Saint-Pierre et Saint-Martial des Coteaux, à compter du 1er janvier 2015 – Fait à Agen, le 29 décembre 2014. Hubert Herbreteau, Évêque d’Agen ».
L’officialisation de cette nouvelle situation a eu lieu le dimanche 11 janvier 2015. Désormais Christian Millot préside, comme un curé, le conseil pastoral et le conseil économique de la paroisse. Comme un curé, il participe aux réunions des prêtres du doyenné. Il a autorité, comme un curé, pour prendre des décisions en matière de catéchèse et de liturgie, pour diriger les équipes de laïcs chargés des funérailles, pour tenir les registres paroissiaux.
Ce véritable curé laïc est assisté de deux vicaires laïcs, Pierre Chanut et Isabelle Gary, formant avec lui l’Equipe d’Animation pastorale, qui s’efforce à un enthousiasme volontariste pour entraîner des paroissiens plus que réticents : « Nous avons un défi à relever » ! La situation de la paroisse représente « un signe des temps nouveaux » ! Cancon devient « signe pour d’autres paroisses qui dans un proche avenir vont se trouver dans la même situation » ! C’est « un retour aux sources des premières communautés chrétiennes » [car le sacrement de l’ordre a été inventé beaucoup plus tard, dixit Rigal] !
Point de prêtre modérateur pris parmi les curés du voisinage ou parmi les autres prêtres en activité du diocèse, mais un simple « accompagnateur », l’abbé Jean-Pierre Ortholan, 77 ans, prêtre en retraite, ancien curé de la cathédrale. « Monsieur l’abbé Jean-Pierre Ortholan accompagne M Christian Millot et l’Equipe d’Animation pastorale », annonce le Bulletin l’Eglise catholique en Lot-et-Garonne de mai 2015 [1]. Comment est défini cet étrange concept canonique d’accompagnateur ? Mgr Herbreteau l’a expliqué à l’assemblée paroissiale du 7 décembre 2014 : l’abbé Ortholan est chargé d’être « un soutien fraternel, amical, un garant, au nom de l’évêque, pour asseoir l’autorité légitime du responsable de la paroisse ». Le prêtre retraité est un « soutien fraternel » destiné à asseoir « l’autorité légitime » du laïc responsable…
Pour les baptêmes et les mariages, on peut faire appel à un diacre de Villeneuve-sur-Lot ou de Sainte-Livrade. Du sacrement de pénitence, on ne parle plus. Pour les messes, on sollicite le P Guillauma, assomptioniste, aumônier des Annonciades de Villeneuve-sur-Lot, ou l’abbé Jean-Pierre Ortholan, résidant à Agen. Ainsi, les « célébrations eucharistiques » alternent de dimanche en dimanche avec des « célébrations de la Parole », présidées par Christian Millot, dites encore « Assemblées de la Parole », une appellation qui, en ces régions agenaises qui furent marquées par le calvinisme, sonne étrangement aux oreilles. Ces Assemblées de la Parole sont des ADAP sèches, sans communion, avec lectures d’Ecriture, chants, homélie de Christian Millot. A vrai dire, les messes du P. Ortholan, telle celle de la première communion du 7 juin dernier, ne valent pas mieux :Voir photos...
et suite de l'article:RC
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=782956