P. Bertrand de Margerie : Les divorcés-remariés face à l'Eucharistie
Le Forum Catholique
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Chicoutimi - 2015-06-23 00:26:13
P. Bertrand de Margerie : Les divorcés-remariés face à l'Eucharistie
Le père jésuite Bertrand de Margerie est un auteur qui mérite d'être davantage connu et apprécié. Nous avons déjà parlé de son livre Le Mystère des Indulgences il y a quelques jours.
Sur la question très actuelle de l'admission des divorcés-remariés à la sainte communion, il s'avère que le P. Bertrand de Margerie est très intéressant. En s'appuyant sur les Saintes Écritures, l'enseignement des Pères et des Docteurs, des Saints et des théologiens, des Papes et des Conciles, tout en proposant quelques aspects d'une saine pastorale, il explique comment l'expression "divorcés-remariés" est un euphémisme pour dire "adultères" et que l'admission de ces derniers à l'Eucharistie, sans renonciation à leur état, n'est pas compatible avec la réception digne du Corps et du Sang du Christ.
Voici donc une première partie de son livre (et si cela vous intéresse, je publierai prochainement la suite) :
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« Des personnes compétentes ont récemment exprimé l’impression que, dans les discussions actuelles au sujet de l’admission à l’Eucharistie des divorcés-remariés, la plupart oublient d’examiner la portée des versets, pourtant célèbres, de saint Paul dans sa 1ère ép. Aux Corinthiens (11, 27-29). L’Étude présente a pour but de combler cette lacune. […]
[Indications exégétiques]
Voici ces trois versets (…) :
- v. 27 : C’est pourquoi celui qui mangera le pain ou boira la coupe du Seigneur indignement (anaxiôs) se rendra coupable envers le Corps et le Sang du Seigneur.
- v. 28 : Que chacun s’éprouve soi-même avant de manger ce pain et de boire cette coupe;
- v. 29 : Car celui qui mange et boit sans discerner le Corps du Seigneur mange et boit sa propre condamnation.
[…] Paul, en dénonçant les communions indignes, veut aider les communiants à échapper au jugement présent et à venir du Seigneur qu’ils reçoivent mal.
[…] Il ne s’agit pas seulement, pour Paul, de communiquer des pensées vraies pour hier ou pour aujourd’hui, mais pour toujours dans le temps de l’Église. Aucune étape de cette histoire ne se trouve exceptée de leur application.
Lainez et Salmeron, théologiens pontificaux au concile de Trente, pouvaient donc, en harmonie avec le texte paulinien, lire dans le v. 28 l’expression d’une loi divine : l’homme doit s’éprouver lui-même avant de communier.
En effet, tout porte à croire que, comme le pensait S. Alphonse de Liguori, l’autoprobation requise par l’apôtre est promulgation d’un précepte du Christ à travers lui. […]
Résumons. Dans le contexte global de la 1ere lettre aux Corinthiens, la volonté de persévérer dans n’importe lequel des vices excluant du Royaume de Dieu empêcherait de reconnaître la Seigneurie du Christ sur le corps qu’il a racheté à grand prix et donc de communier dignement à ce Seigneur […].
Il y a incompatibilité de la volonté de persévérer dans l’adultère ou dans tout autre vice grave avec celle de communier dignement.
D’autre part, Paul prend soin de souligner l’obligation d’une exclusive fidélité conjugale même en cas de séparation :
« J’ordonne, non pas moi, mais le Seigneur : que la femme ne se sépare pas de son mari – si elle est séparée qu’elle ne se remarie pas ou qu’elle se réconcilie avec son mari – et que le mari ne répudie pas sa femme » (7, 9-11)
Ceci est écrit explicitement « à ceux qui sont mariés » (v. 10). Comment ceux qui, malgré cet ordre du Seigneur, se sont séparés et remariés, même le conjoint qui n’avait pas pris initialement la responsabilité de la séparation, pourraient-ils, tant que dure cet état, « manger ce pain et boire cette coupe » sans se rendre coupable envers le Corps et le Sang du Seigneur (11, 27-29) ? Comment encore soutenir qu’ils se sont « éprouvés eux-mêmes avant de manger ce pain et de boire cette coupe » (11, 28), de la manière agréable au Seigneur mangé et bu ?
Synthétisons à la lumière de notre problème : l’époux résolu à persévérer dans une situation d’adultère ne porte plus la robe nuptiale de la charité [note de bas de page : l’adultère ne peut avoir une charité réelle ni à l’égard de Dieu, ni à l’égard de son conjoint (cf. 1 Cor. 7, 4) ou de son complice, ni même à l’égard de lui-même. Cf. 1 Cor. 6, 18 : « Le débauché pèche contre son propre corps ».] et sa communion en cet état d’indignité aggrave sa faute, car à son tour il trahit le Fils de l’Homme par un baiser (cf. Lc 22, 48). L’indignité de son geste est telle, et par rapport au Christ, et par rapport à lui-même : en s’approchant ainsi de l’Eucharistie, il se juge indigne de la vie éternelle (cf. Ac 13, 46). Tant qu’il est résolu à persévérer dans son état, on ne peut pas plus lui donner l’Eucharistie qu’on ne pourrait jeter des perles aux pourceaux (cf. Mt 7, 6). En mangeant et en buvant sans discerner le corps et le sang du Seigneur (…) il court le risque de la maladie, de l’infirmité et de la mort terrestre et éternelle (1 Cor. 11, 30-32). Il ne se réunit à l’assemblée ecclésiale que pour sa propre condamnation (Ibid 34).
[Contexte de l’Ancien Testament]
[…] Les exégètes modernes, à la différence des Pères de l’Église, ne semblent pas, dans l’ensemble, préoccupés de rechercher les préparations de 1 Cor. 11, 27-29 dans l’A.T., malgré la grande lumière qui jaillit d’une telle enquête. […]
Saint Basile notamment attire notre attention sur Lv 22, 1-3 et sur le parallélisme de situations avec notre texte :
« Tout homme de votre descendance, à quelque génération que ce soit, qui s’approchera en état d’impureté des saintes offrandes consacrées à Yahvé par les enfants d’Israël, cet homme-là sera retranché de ma présence. (…) »
Le corps et le sang du Christ, le pain et le vin consacrés ne sont-ils pas des offrandes beaucoup plus saintes que celles consacrées par les enfants d’Israël dans l’ancienne Alliance ? […] On notera aussi la peine de mort sanctionnant la profanation des offrandes sacrées. On pourrait citer encore dans le même sens la mort d’Uzza contre lequel s’était enflammée la colère de Dieu parce qu’il avait touché l’arche d’alliance (…).
Plusieurs différences importantes entre ces punitions divines de gestes profanateurs suivant qu’elles se situent dans l’ancienne ou dans la nouvelle Alliance, sont à noter : d’une part, les châtiments que mentionne l’A.T. sont seulement terrestres; d’autre part, saint Paul souligne la volonté correctrice, médicinale et salvifique du Seigneur : « Par ses jugements, le Seigneur nous corrige pour que nous ne soyons point condamnés avec le monde » (…) Il n’y a aucune contradiction entre un châtiment médicinal et une menace de mort éternelle, également claire en 1 Cor. 11, 27-32.
La gravité des sanctions infligées par Dieu, dans l’A.T. pour des crimes moindres nous aide à saisir la gravité bien plus grande de l’indigne manducation et boisson du Corps et du Sang du Seigneur, aux yeux de Paul. De même l’A.T. (Lv 20, 10) en punissant de mort physique l’adultère – sanction implicitement abolie par Jésus (Jn 7, 53 ss) – nous aide à mieux saisir la gravité de la faute spirituelle qu’il constitue et son incompatibilité avec la participation au Repas du Seigneur. De même, la dignité voulue pour communier à la victime de la Nouvelle Alliance l’emporte sur celle requise dans l’A.T.
[Chez les Pères de l’Église]
[…] Il faut observer que, si les Pères ont parlé souvent des dispositions voulues pour s’approcher de l’Eucharistie, s’ils ont, surtout (sans doute) saint Augustin, constaté que de nombreux pécheurs s’en approchaient indignement, ils considèrent plutôt ce problème au sein de leur attitude générale, sévère à nos yeux, vis-à-vis des pécheurs publics.
[…] Mais, si l’on voulait résumer les difficultés qu’affrontaient les Pères, on pourrait dire qu’elles consistaient, non seulement à craindre l’admission à l’Eucharistie, durant leur vie, des chrétiens jadis adultères, même après une pénitence fort longue et humiliante, mais encore à se demander si l’on pourrait même les y admettre à l’heure de la mort !
[…] On comprend donc que nous puissions dire avec une entière certitude : l’idée d’admettre à l’Eucharistie un baptisé résolu à persévérer dans l’adultère était rejetée d’emblée, sans avoir besoin de faire l’objet, en général, d’un examen approfondi. Elle n’a jamais obtenu l’adhésion claire et ferme d’aucun Père de l’Église, soit grecque, soit latine. Elle ne pouvait que paraître à tous, non seulement pendant les trois premiers siècles, mais même après « l’installation constantinienne », une hérésie pratique. S’il y a un cas de consentement unanime des Pères, c’est bien celui-là. »
Source : Bertrand de Margerie, Les divorcés-remariés face à l’Eucharistie (édition augmentée), Paris, Éditions Téqui, 2001, 105 pages (avec annexes de 24 pages).
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