Pour encourager les petits schtroumpfs latinistes ...
Le Forum Catholique
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Lycobates - 2015-06-19 13:18:13
Pour encourager les petits schtroumpfs latinistes ...
On attendra bien entendu en vain la traduction latine de la Summa OEcologica bergoglienne, chef d'œuvre de la gnose contemporaine, et par conséquent éminemment inepte pour être traduit dans le noble idiome des encycliques de l'Église, mais puisque j'avais envie de m'amuser ce-midi, sans plus, et surtout sans lire le texte in extenso (ce serait perdre son temps), j'ai repris la liste de mots donnée par Meneau, pour un petit exercice latiniste :
riscaldamento globale
scioglimento dei ghiacciai
diossido di carbonio
inquinamento atmosferico
effetto serra
organismo geneticamente modificato
sovrappopolazione del mondo
Traduisons d'abord en français :
réchauffement de la planète
la fonte des glaciers
le dioxyde de carbone
pollution de l'air
effet de serre
organisme génétiquement modifié
la surpopulation mondiale
Quand on se met à repenser, pour traduire ensuite, ces termes en latin, il convient de rappeler d'abord que le latin n'aime pas les abstraits, n'en a presque pas dans sa langue classique, on attendra le Moyen-Âge et plus encore les XVIIe et XVIIIe siècles pour en avoir, et qu’il préfère s'exprimer en termes concrets. Agreste Latium, ne l'oublions pas. Le latin n'est pas le grec.
Ainsi, pour éviter de parler une langue moderne revêtue de mots latins, qui ne serait pas comprise d'un Romain de la vieille école, le bon latiniste, désireux de rendre en latin p.ex. le terme moderne "transformation" se gardera de dire "transformatio (alicuius rei)", car ce mot, même s'il est latin, étymologiquement, ne l'est pas idiomatiquement. Il dira plutôt "(res) transformatur", ou mieux encore, "in aliam rem mutatur", non point donc un substantif abstrait, mais un verbe au passif (pour un effet) ou à l'actif (pour une action), avec son sujet.
Ainsi le "réchauffement de la terre" ne sera pas, de préférence, "cal(e)factio (totius) orbis (terrarum)" ou "totius terrae", même si c'est possible (calefactio est tardif, mais existe), il existe aussi (depuis 1844, une thèse de Padoue) le néologisme "calorificatio", superflu et assez moche à mon avis, mais l'on dira plutôt "orbis (terrarum) in dies calescens" (calesco est classique), ou une variante (calefiens, calefactus), selon les cas et le contexte.
Les glaciers n'étaient pas connus, quoique "moles glaciata" est une invention (utile) de Egger, et quant à leur fonte, fusio reste un mot rare et tardif dans le sens requis ici. Fusura serait possible aussi, mais on l'utilise pour les métaux surtout. Le latiniste classicisant mettra alors de préférence, au pluriel et au concret: "glacies liquefactae" ou "liquescentes".
Aucune solution pour le dioxyde de carbone; on prend le terme des chimistes récents: "dioxid(i)um carbonicum" (le y n’a pas de raison d’être, les Grecs disent διοξείδιον τοῦ ἄνθρακος). L'adjectif est attesté depuis 1798. Je trouve aussi carboneum dioxidatum; je ne saurai dire ce qui serait mieux. Carboneum me paraît suspect.
Aëris contaminatio (le mot est tardif) ou aëris inquinamentum (ce dernier mot chez Vitruve, un technicien), ou encore mieux, passons encore au concret : "aër inquinatus". Une thèse de Berlin de 1825 est intitulée De aëre atmosphaerico inquinato.
Pour les serres, inconnues, Goelzer paraphrase domus herbis externis per hiemem servandis, c'est bien joli, mais pratiquement inutilisable; Kraft propose hibernaculum (c'est la chambre d'hiver, dans les maisons, chez Pline), ou au pluriel hibernacula avec l'ajout plantarum. Alors l'effet est effectus, mais effectus hibernaculi n'est pas très parlant. Peut-être mieux effectus tepidarius, tepidarium est le bain tiède et par extension la chambre tiède, l'adjectif existe chez Vitruve. Ou "effectus thermocepicus" selon les Finnois (Lexicon hodiernae Latinitatis Finno-Latino-Finnicum), avec un terme grec, ce qui après tout convient bien pour un terme technique.
OGM: "organismus genetice mutatus"; c'est moche, c'est du grec latinisé, mais pour un terme technique cela peut bien passer. Une thèse de Halle de 1821 est intitulée De ratione qua potus spirituosi in organismum agant; je parie que les étudiants en savaient quelque chose. Geneticus existe au moins depuis 1896. Surtout ne pas dire "modificatus", cela veut dire mesuré, et non point modifié.
"Nimia hominum (in orbe) frequentia" fera l'affaire pour notre dernier mot; Egger propose e.a. densatus terrae incolatus, mais ce dernier terme n'est pas classique et le participe est un peu bizarre aussi; on peut imaginer d'autres choses, comme nimius incolarum numerus, mais impossible de faire bref, il faut une paraphrase.

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