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Le Forum Catholique

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Scrutator Sapientiæ -  2015-05-30 15:39:14

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Bonjour Chouan, et merci beaucoup pour ce message.

A.

1. Depuis déjà quelques années, j'ai commencé à m'approprier, matériellement et culturellement, plusieurs livres de l'oeuvre et d'autres livres sur la pensée d'Henri de Lubac.

2. Je voulais "à tout prix" connaître au moins un des quatre théologiens catholiques qui ont été les plus importants et influents, en amont et au moment du Concile, puis en aval du Concile (au moins jusqu'à la fin des années 1980).

3. J'ai "raisonné" à peu près de la manière suivante, caricaturale, il est vrai :

Balthasar ? J'ai peur de ne pas avoir assez de place, ni de temps ;

Congar ? J'ai sûrement tort, mais je ne m'intéresse pas en priorité à l'ecclésiologie et à l'oecuménisme ;

Rahner ? Ses livres sont très difficiles à trouver...et à lire.

4. Je me suis donc tourné, à tort ou à raison, vers Henri de Lubac, par curiosité (je sais : ce n'est pas bien), et non pour devenir un crypto-lubacien ou un futur lubacien.

5. Je voulais en effet, au départ, en savoir davantage sur la querelle et la question du surnaturel, alors que d'autres parties de l'oeuvre de ce théologien m'intéressent moins ou sont introuvables.

6. Au demeurant, je ne suis pas absolument persuadé d'avoir bien compris ou d'avoir retenu l'essentiel de ce que j'ai lu de lui ou sur lui, et qui est situé, pour ainsi dire, au croisement de l'anthropologie et de la pneumatologie, mais je comprends de mieux en mieux, au contact de ces ouvrages, le bien-fondé des remarques adressées par Gilson à de Lubac, respectivement, il me semble, sur la philosophie chrétienne, sur Blondel, et surtout sur Teilhard.

B.

7. Ce qui précède n'aucun intérêt, mais m'a permis de préciser en quelques mots où j'en suis par rapport au cardinal jésuite.

8. Rien qu'en prenant appui sur la citation que vous insérez dans votre message, en date, il est vrai, du 18 mars 2013, je suis amené à m'interroger de la manière suivante :

- Le Pape François serait-il vraiment lubacien (le connaît-il, le comprend-il, adhère-t-il au spécifique de sa théologie ?),

et surtout

- Henri de Lubac aurait-il vraiment été, non franciscain, bien sûr, mais "bergoglien", ou "franciscanien" ?

9. Parfois, il n'y a pas besoin de faire parler les morts, et il suffit de laisser parler les vivants, pour bien savoir à quoi s'en tenir.

10. La "mondanité spirituelle", je ne sais peut-être pas très bien ce que cela veut dire, mais l'attitude, le comportement, l'état d'esprit, la mentalité, qui consistent à se mettre à la remorque, bien agréable, de l'esprit du monde, id est de telle ou telle mode axiologique, éthico-morale, idéologique, anti-chrétienne, non chrétienne ou post-chrétienne, dans l'espoir d'actualiser l'Evangile, non pour le rendre plus accessible, mais pour le rendre plus acceptable, je vois bien mieux ce que cela veut dire.

11. Il y a, comment le dire, quelques périls qui sont à l'oeuvre, au sein et à la tête de l'Eglise ; il serait inexact et injuste de dire que ces périls ne sont à l'oeuvre que depuis mars 2013, mais il serait tout aussi inexact et injuste de dire que le Pape François a commencé à s'attaquer, d'une manière prioritaire, explicite, spécifique, prescriptrice de ceci, proscriptrice de cela, à ces périls.

12. Il me semble en tout cas que le péril d'enfermement du christianisme à l'intérieur d'un hexagone formé par six tendances, propices à de l'anthropocentrisme et à de l'akérygmatisme, à de l'existentialisme et à de l'évolutionnisme, à de l'horizontalisme et à de l'humanitarisme, est comparable à un risque d'enfermement du christianisme à l'intérieur d'une soumission du discours et des actes à de l'eudémonisme et à de l'immanentisme, à du relativisme et à du subjectivisme, à du sécularisme et à du sociétalisme.

C.

13. Contre ce que je viens d'essayer de formuler, ou contre la mondanité spirituelle, au sens strict, il me semble qu'il y a deux défis à relever, deux déficits à combler.

Le premier de ces déficits (un philosophe de formation ou de profession va sans doute bondir, compte tenu du terme employé...) me semble être un déficit "d'aléthéiologie" : l'Eglise manque d'un instrument ordonné, argumentatif et problématisant, d'explicitation et d'objectivation méthodique et progressive de ce qu'elle prescrit parce que c'est vrai, et, par voie de conséquence, quitte à ce que ce soit un peu plus implicite, de ce qu'elle proscrit, parce que c'est faux, que ce soit dans l'ordre du croire ou dans celui de l'agir.

Le deuxième de ces déficits me semble être un déficit "de théologalité" ; je me trompe sûrement, mais enfin il me semble que la survalorisation de valeurs telles que la dignité, la liberté, la justice, la solidarité quasiment élevées au rang de valeurs chrétiennes (c'est quoi ?), a fait perdre de vue les fondements, le contenu la radicalité, la spécificité, je dirais même la "substantialité" des trois vertus théologales que sont la Foi, l'Espérance, la Charité.

14. Ce qui précède, j'en ai bien conscience, est à la fois caricatural et disproportionné, mais cela aidera peut-être à comprendre ce que je crois être en cause, ou en question (en présence de la mondanité spirituelle D'AUJOURD'HUI), grâce aux compléments ou corrections qui s'imposent.

IL FAUT LE DIRE AU PAPE FRANCOIS : LES CATHOLIQUES "PELAGIENS" ET "PHARISIENS" QU'IL APPRECIE TANT COMPTENT DANS LEURS RANGS UNE PARTIE DES ADVERSAIRES LES PLUS RESOLUS DE LA MONDANITE SPIRITUELLE.

15. Pour cette raison, et parce que le Pape François, comme nous tous, a vocation à la cohérence, ce qui est toujours plus ou moins difficile, il ne tient qu'à lui, il ne tient qu'au Pape François, de s'en prendre davantage aux catholiques panchristiques ou postmodernes, qu'aux catholiques pélagiens et pharisiens.

16. Car enfin, soyons clairs, la cerise sur le gâteau de la mondanité spirituelle sera, est déjà, le panchristisme postmoderne, pour les partisans et promoteurs duquel tout est plus ou moins assimilable à une aspiration, à une évolution, à une inspiration "christique", sinon chrétienne, sauf précisément la résistance des catholiques "pélagiens" et "pharisiens" au panchristisme postmoderne.

Merci encore, car c'est votre message qui m'a inspiré ce qui précède, et à bientôt.

Scrutator.
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