Aversion pour le surnaturel ou pseudo-surnaturalisme ?
Le Forum Catholique
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Peregrinus - 2015-04-21 17:57:25
Aversion pour le surnaturel ou pseudo-surnaturalisme ?
Dans la mesure où je suis par formation plus historien que philosophe, il est possible et même très probable que je me sois très mal exprimé.
Cependant, il me semble que l'attaque blondélienne et néomoderniste portait sur le concept de pure nature, comme le rapporte je crois Etienne Fouilloux que vous avez cité ; concept de pure nature attribué par le P. de Lubac à Cajétan et accusé d'être païen et à l'origine de la sécularisation, ce qui me paraît au moins très discutable. On peut certes envisager la nouvelle théologie d'inspiration blondélienne comme un naturalisme de fait ; mais je crois qu'il ne l'est certainement pas d'intention, dans la mesure où justement, ce que refusent Blondel et de Lubac, c'est d'abord un ordre naturel qui posséderait sa consistance ; dans son intention cette théologie est me semble-t-il plutôt surnaturaliste ou pseudo-surnaturaliste, même si elle aboutit à une naturalisation de la grâce transformée en exigence de la nature. Le P. Garrigou-Lagrange écrivait ainsi :
Quant à l'assertion du P. de Lubac, Surnaturel, 1946, p. 254 : "Rien n'annonce chez saint Thomas la distinction que forgèrent plus tard un certain nombre de théologiens thomistes entre Dieu auteur de la nature et Dieu auteur de l'ordre surnaturel etc.", les quatre textes de S. Thomas que nous avons cités en note, selon leur sens obvie et communément reçu, montrent que S. Thomas n'a pas seulement annoncé cette distinction, mais qu'il l'a admise. [...] Nous avons examiné et réfuté [...] la théorie du surnaturel proposée au XVIIIe siècle par Noris et Berti à laquelle somme toute revient aujourd'hui le P. de Lubac. ("Vérité et immutabilité du dogme", dans Angelicum, 1947, pp. 134-135)
Noris et Berti étant des théologiens qui se voulaient rigoureusement augustiniens, je ne pense pas que l'on puisse les taxer d'aversion pour le surnaturel, du moins en ce qui concerne leur point de départ. Mais dès lors que la nature est à ce point rabaissée qu'elle perd toute consistance, c'est le surnaturel qui perd toute gratuité et devient un simple prolongement de la nature. C'est pourquoi un faux surnaturalisme donne facilement la main à un certain naturalisme et qu'il y conduit assez logiquement.
Yvon Tranvouez écrivait si je me souviens bien à propos de Lamennais que rien ne ressemble plus à une sécularisation radicale qu'un augustinisme exacerbé. En effet dès lors que plus rien n'est vraiment naturel, plus rien non plus n'est vraiment surnaturel, toute réalité devient la manifestation d'un désir surnaturel ; et c'est à cette confusion qu'a abouti me semble-t-il la nouvelle théologie, à laquelle à mon avis les incantations de l'école antilibérale du XIXe siècle, fondée sur un traditionalisme bien pauvre ne sont capables d'opposer qu'un barrage bien fragile, dans la mesure où elles n'offrent que la version pessimiste de la même confusion. L'opposition d'un Garrigou-Lagrange par exemple (mais on pourrait citer certainement d'autres théologiens de la même école) au libéralisme me semble autrement plus solide et fondée, ainsi que beaucoup plus sereine, parce qu'elle ne part pas d'une controverse ou d'une situation particulières.
Il me semble en ce qui concerne les rapports entre nature et surnature qu'entre les conceptions quasi théocratiques de certains antilibéraux du XIXe siècle et la séparation radicale que je ne préconise certainement pas, il existe une position plus équilibrée, qui sache subordonner l'ordre naturel à l'ordre surnaturel sans lui faire perdre toute consistance.
Mais il est vrai que n'étant ni philosophe ni théologien, je ne possède pas en la matière de compétence particulière, et j'ai conscience d'avoir été ici bien long et fort peu clair.
Peregrinus
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