Le Forum Catholique
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Jean Ferrand - 2015-04-05 22:23:43
Le saint
Le saint est en effet mort à Vannes le 5 avril 1419 dans une maison près de la cathédrale qu'on visite. Ses reliques sont conservées dans la cathédrale même, dans une chapelle sur la gauche. J'ai cru apercevoir son crâne à travers l’œilleton d'un reliquaire.
J'ai à la fois une grande admiration pour ce saint et un contentieux avec lui. Il était capable de dire : je suis la sixième trompette du jugement dernier et, pour vous le prouver, je dis à ce mort que vous voyez : relève-toi de ta civière devant tout le monde et... le mort se relevait. Qui pourrait en faire autant ? J'ai une grande admiration pour ses innombrables prédications et ses innombrables miracles dans toute l'Espagne et la France et en dernier la Bretagne. J'ai un contentieux avec lui parce qu'il fut longtemps le partisan très actif de l'antipape Benoît XIII. Il fut même son confesseur ; il avait donc pu apprécier de près la conscience de ce pontife.
Grand théologien, il a écrit des traités pour soutenir la cause de cet antipape. Mais son raisonnement d'apparence très logique et même d'inspiration thomiste (saint Vincent fut un disciple passionné de saint Thomas d'Aquin) était spécieux.
On peut le résumer ainsi. Il n'y a qu'un seul pape authentique puisqu'il n'y a qu'une seule Église catholique fondée par le Christ. Jusque là rien à dire. Une fois le vrai pape découvert (on était en période de schisme) il faut le soutenir et le défendre avec ferveur. Là encore rien à dire... à condition d'être sûr de ne pas se tromper. Ce qui est moins évident. Enfin troisième critère : le vrai pape ne peut être que celui qu'après l'élection les cardinaux désignent comme le véritable pontife, en l’occurrence ici Benoît XIII, car on a toujours admis que les parole des cardinaux devait être crue comme étant celle du pontife régnant, qu'ils représentent.
C'est là que se cachait le sophisme. Les cardinaux élisent le pontife romain et une fois qu'ils l'ont élu ils deviennent ses porte-parole attitrés et authentiques... Mais ceci ne veut pas dire qu'ils ont le droit de se déjuger après un conclave si l'élu, tout à coup, ne leur convient plus. Ils sont électeurs authentiques du souverain pontife mais ils ne sont en aucune façon juges de la validité de son élection. Seul le pontife romain élu, même douteux, ou élu dans des circonstances difficiles, peut revenir sur la validité de sa propre élection. Il est seul juge en la matière et le Saint-Siège ne peut être jugé par personne, sauf par lui-même. Le collège des cardinaux n'est pas un tribunal apte à juger de la validité d'une élection pontificale... compétence que les cardinaux hostiles à Urbain VI s'octroyaient superbement.
Après de très longs débats au cours du concile de Constance, le roi de Rome Sigismond de Hongrie se déplaça même à Perpignan pour discuter avec Benoît XIII, mais celui-ci refusa de se rendre et maintint jusqu'au bout la validité et la légitimité de son élection.
Notre Vincent Ferrier, excédé par l'intransigeance de celui qu'il avait toujours soutenu jusque là, et dans l'intérêt de l'unité de l’Église, finit par l'abandonner et se rallia aux positions du concile œcuménique de Constance. Il ne s'est toutefois guère exprimé sur les raisons théologiques de son revirement. On constate qu'il a renoncé finalement à ses principes trop absolus et trop systématiques, et qui péchaient par quelque côté.
On sait que Benoît XIII (Pedro de Luna) a longtemps gardé des partisans, surtout en Espagne. Dans ma jeunesse j'ai même connu des théologiens qui soutenaient encore sa cause.
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