Petite note de lecture de congés du Nouvel An

Le Forum Catholique

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Sénéchal -  2015-01-01 17:05:42

Petite note de lecture de congés du Nouvel An

Les congés du Nouvel An étant propices à la lecture, je suis en train de me régaler à celle de "La vie quotidienne au temps de Louis XVI", de François Bluche (Hachette 1980, Le Livre de Poche 1984).
Le chapitre V traite de l'état de la religion chrétienne et de celui de l'Eglise catholique en France en cette période cruciale. Il m'a souvent paru d'une étrange actualité.
Après avoir constaté que l'irréligion touche avant tout "les grands et les personnes en place", l'auteur souligne que "le peuple est traditionaliste" et que "Non seulement la philosophie n'a point agi sur la population avec la force d'une lame de fond, mais vient désormais le temps du reflux".
Après une description colorée et vivante d'une procession de la Fête-Dieu ("Il n'est pas de cérémonie plus aimée au XVIIIème siècle"), une évocation émouvante de saint Benoît-Joseph Labre ("une pensée et une existence diamétralement opposées à celles de Voltaire"), François Bluche détaille les relations entre le peuple et le clergé:
"Quand un curé exerce un bienfaisant ministère, ses ouailles acceptent tout, même la complicité du presbytère et du château, union locale du trône et de l'autel." "Inversement, le peuple se fâche en cas d'abus ecclésiastique… Depuis l'aube du XVIIIème siècle, le clergé janséniste dénonce tous les abus de la religion populaire: multiplicité des fêtes, mélange du profane et du sacré…Les curés et les tribunaux du Roi s'allient contre tous ces excès, jugés préjudiciables à l'ordre de l'Eglise, à la tranquillité publique et au travail. Tous conspirent… à faire malgré lui le bonheur - et le salut - du petit peuple chrétien… L'accumulation des fêtes secondaires et donc des jours chômés…réduit l'année à environ 260 jours ouvrables… Le peuple français regrette ses fêtes traditionnelles…Ni les contadins, ni les citadins n'approuvent dans leur majorité les nouvelles restrictions apportées au culte des saints. Et peut-être, en contraignant ainsi le peuple, en heurtant sa sensibilité profonde, le catholicisme se détruit-il à terme."
Quant à la doctrine, Bluche y décrypte une redoutable "infiltration déiste". Un vocabulaire douteux remplace les noms de Dieu et de Jésus-Christ: "A Niort, avant 1789, l'Etre suprême - « simple formule à la mode n'impliquant, nous dit-on, aucune altération de croyance» - se glissait dans les sermons de prêtres respectés." "Le prêtre en chaire, rapporte Chateaubriand, évitait le nom de Jésus-Christ et ne parlait que du Législateur des chrétiens." "La France des profondeurs reste croyante, catholique et pratiquante. Mais sans qu'elle s'en rende compte, elle est déchristianisée dans la proportion des altérations faites à son dogme…Le Christ Jésus de la vieille théologie positive (vrai Dieu et vrai homme) a pour ainsi dire disparu du catholicisme courant."
Pire encore, dès 1766 l'archevêque de Cambrai déplorait dans une commission réunie sur ordre de Louis XV, "l'« espèce de contagion » représentée en France dans tous les états par un certain esprit philosophique… aussi introduit dans les cloîtres… Poussée un peu loin, la tentation philosophique a produit certains cas étranges, tel celui de dom Léger-Marie Deschamps (†1774), bénédictin mauriste de Montreuil-Bellay… Pour Deschamps, il n'est plus sûr qu'il soit besoin d'un clergé, ni d'une morale, ni peut-être de Dieu: ainsi divague sans contrainte un moine instruit et philanthrope qui d'ailleurs, loin de jeter le froc aux orties, mène une exacte vie conventuelle."
Malgré tout cela, "L'introduction d'un peu de « philosophie » dans le dogme chrétien ou la mauvaise réputation de quelques monastères sont crises épidermiques au regard de la longue durée. Or l'Eglise de France incarne la durée et la continuité. Ses 16 provinces, ses 136 diocèses, n'ont pas été inventés par la Rome moderne; ils sont la directe survivance, en la plupart des cas, des découpages de la Rome impériale. L'Eglise en outre, comme pour perpétuer le cadre de la villa romaine, a « inscrit sur le sol et matérialisé par des bornes, des croix, des lieux de culte, l'armature presque éternelle des paroisses, devenues pour les trois quarts nos actuelles communes » (Pierre Goubert - L'Ancien régime)… Entre l'Eglise et la monarchie française il y a plus qu'une union du trône et de l'autel; il y a symbiose."
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