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Des chercheurs prévoient qu'autour de 2040, des machines apparaîtront qui dépasseront en intelligence les capacités du cerveau humain. La tentation sera encore plus grande pour l'homme de vouloir suivre le train en « s'augmentant » par tous les moyens possibles.
D'un autre côté, la surenchère dans la performance comme marque distinctive du nihilisme ne pouvait pas ne pas prendre comme terrain d'application l'homme lui-même. Il était inéluctable en effet que l'homme allait devenir un objet parmi d'autres dans ce désir d'optimisation des performances tous azimuts....
.... D'abord le corps. Selon cette nouvelle gnose il faut dépasser le corps, ce complexe d'organes et de viscères qui, dans sa réalité crue, rappelle trop inopportunément à l'homme d'aujourd'hui le rien sur lequel il estime être bâti. Cette faiblesse, ce signe de finitude et de mort, il y a moyen de le conjurer. Non plus, comme Faust, en pactisant avec l'ange ténébreux, mais plus simplement avec le mirage de la technique.
Muni de son barda techno-scientifique, le mutant transhumaniste va ainsi entreprendre de se rendre le plus performant possible, de gommer tout ce qui en lui relève encore de la faiblesse, de l'involontaire. Par exemple l'enfant à naître ne sera plus le fruit d'une union charnelle mais le résultat d'une technique.
.....Le projet de dépasser l'homme requiert aussi une nouvelle morale. Aucune idéologie ne peut faire l'impasse sur l'étude de ce qu'il faut faire ou éviter de faire. Toute la question est de savoir si celle du transhumanisme sera originale. Il y a fort à parier que non.
Les raisons en sont simples. L'individu de la postmodernité se rêve comme le « dernier homme » : dans son esprit, cette expression n'a pas la connotation péjorative que lui a donnée Nietzsche. Elle désigne au contraire le stade le plus avancé de l'hominisation qu'il pense avoir atteint. Le dernier homme est en effet sincèrement persuadé d'être arrivé au faîte de l'évolution de l'humanité.
Cette haute estime de soi (qui n'est pas contradictoire avec le mépris qu'il s'inspire à lui-même, sinon pourquoi voudrait-il se « dépasser » en direction du « transhumain » ?) va se faire l'auxiliaire du rejet de toute morale traditionnelle.