La soumission du Concile au bougisme:LE point non négociable ?

Le Forum Catholique

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Scrutator Sapientiæ -  2014-05-09 23:52:49

La soumission du Concile au bougisme:LE point non négociable ?

Bonsoir et merci, Mingdi.

Il me semble que l'enjeu et l'impact de ce qui se joue ici vont bien au-delà du sort des Franciscains de l'Immaculée.

Si j'ai bien compris le danger d'aujourd'hui ou le péril pour demain :

1. Une lecture "fixiste", statique, formaliste, "littérale", sinon fondamentaliste, de la totalité du Concile Vatican II, n'est certainement pas possible, mais serait peut-être souhaitable, notamment et surtout en ce qui concerne ses deux Constitutions dogmatiques.

Or, pour certains, une telle lecture placerait, bien à tort, le Concile et l'Eglise, "en dehors de l'histoire", à l'extérieur des changements et des mouvements consécutifs au devenir historique, ou générateurs du devenir historique, ce qui ne serait évidemment pas é-van-gé-li-que.

Une telle lecture "protectionniste" du Concile, "protectionniste" en ce qu'elle protégerait la part de doxa supra-historique présente dans le Concile, n'aurait donc pas (ou plus) droit de cité dans l'Eglise.

Il semble même que cette volonté de protection de ce qui ne peut être reçu et transmis, en tant que corpus certain et stable, que s'il est maintenu à l'abri des incertitudes et des instabilités influentes, inhérentes au devenir historique, soit (à nouveau) LE péché mortel, aujourd'hui.

2. Une lecture "bougiste", dynamique, vitaliste, "spirituelle", voire évolutionniste, de la totalité du Concile Vatican II, n'est évidemment pas souhaitable, mais est sûrement possible, puisque nous en faisons les frais depuis la clôture du Concile.

Le bougisme

- est presque toujours synonyme de changement, d'endroit ou d'état, de discours ou d'actes, et de mouvement, de l'intérieur, catholique et "moral", vers l'extérieur, historique et "social", et du "dépassé" vers le "devenir" ;

- n'est presque jamais synonyme de changement et de mouvement en direction d'un référentiel fondamental qui serait situé en amont et en surplomb, par rapport au bougisme lui-même.

Une telle lecture "libre-et-changiste" du Concile, "libre-et-changiste"

a) en ce qu'elle libérerait chacun de toute exigence de fidélité à un référentiel fondamental supra-historique antérieur, supérieur, intangible, inviolable, non soumis au bougisme,

b) en ce qu'elle "libérerait" chacun, par une obligation de fidélité évolutive, mais é-van-gé-li-que, à des changements et à des mouvements "certainement" synonymes de "progrès", "car" intra-historiques,

deviendrait LE point non négociable par excellence : toute "praxis", notamment liturgique, serait acceptable (à condition qu'elle aille dans le sens du passage du "pré-conciliaire" à l'"évangélique", du supra-historique à l'intra-historique), SAUF la praxis bougiste elle-même, en tant que ressort de ce passage, de ces passages, libérateurs, évidemment.

3. Donc, une éventuelle "élévation" de l'exigence de fidélité au Concile, au rang d'obligation de fidélité à la soumission du Concile au bougisme, ne serait autre qu'une réactivation de ce que Romano AMERIO a appelé, à juste titre, le "mobilisme", qui est toujours annonciateur puis générateur, de "variations", dans l'Eglise catholique.

4. Ce catholicisme là, qui serait transgresseur, et non plus protecteur, du supra-historique, et qui serait libre-et-changiste, en ce qu'il pourrait prescrire

a) le libre accès, notamment, à au moins un sacrement,

b) le libre changement et le libre mouvement,

c) le libre usage de l'Ecriture, de la Tradition, du Magistère,

dès lors que ces trois ou quatre libertés seraient soumises au bougisme,

serait synonyme d'auto-fragmentation, même s'il était mis en oeuvre avec le sourire.

Mais, à n'en pas douter, ce sourire se changerait en grimace, au contact de la moindre allusion au caractère nocif du bougisme, ou en présence de la moindre objection au bien-fondé du même bougisme.

Il me semble que nous n'allons pas tarder à être "fixés", sur l'ampleur de l'objection contemporaine é-van-gé-li-que au "fixisme", protecteur

- de ce qui ne peut ni ne doit être modifié,

ou

- de ce qui peut et doit être réhabilité, relégitimé,

au sein même de l'Eglise catholique.

Bonne nuit à tous.

Scrutator.
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