Petit coup de téléphone, grand tremblement de terre?
Le Forum Catholique
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Sénéchal - 2014-05-08 13:24:49
Petit coup de téléphone, grand tremblement de terre?
On fait son miel là où l'on peut. Je l'ait fait mardi dans l'édition hebdomadaire du New York Times International distribuée avec le Figaro. Y figure la Libre Opinion d'un certain Ross Douhat, dont j'ignore tout. L'article est titré "Francis' Call" [L'appel (téléphonique) de François].
En voici quelques extraits traduits par mes soins:
"… (L')appel téléphonique papal, rapporté de manière plutôt confuse le mois dernier, à une femme en Argentine qui demandait l'autorisation de communier malgré son mariage avec un homme divorcé… D'après le mari, qui a écrit sur Facebook au sujet de ce coup de téléphone, le Pape François aurait donné sa permission. D'après le Vatican, ce qu'a dit le Pape François n'est l'affaire de personne autre que la femme en question. Selon un porte-parole du Vatican, ce genre de conversations "ne fait en aucun cas partie des activités publiques du Pape" et "il ne faut pas en tirer de conclusions au sujet de l'enseignement de l'Eglise."
Cette formulation est peut-être techniquement correcte, mais elle est en même temps assez absurde. Même au cours d'une conversation "privée", le Pape est quand même le Pape, et celui-ci en particulier n'est pas naïf au sujet ni des Médias, ni de la nature humaine. Quels que soient les propos tenus, il est, disons, peu probable que l'idée ne soit pas venue à François qu'un appel pastoral sur un sujet aussi chaud puisse passer inaperçu des Médias. Et quelles que soient ses intentions, ce coup de téléphone et son retentissement médiatique infèrent deux périls évidents pour une papauté qui penche dangereusement vers la distinction entre le doctrinal et le pastoral, entre l'enseignement officiel et ses applications pratiques.
Le premier péril est celui que l'on pourrait appeler le scénario soviétique terminal, dans lequel la doctrine catholique reste officiellement inchangée, mais où l'impression s'impose que même le Pape ne croit plus en ces choses-là, et que quand les responsables de l'Eglise réaffirment des positions controversées, ils le font dans le cadre d'un débat idéologique - comme les apparatchiks de l'époque brejnévienne - au lieu d'essayer d'enseigner effectivement une foi vivante.
L'autre péril est celui du scénario des espoirs déçus, dans lequel la désaffection s'installe après le faux espoir que l'enseignement de l'Eglise allait changer. Ceci est déjà arrivé dans les années 60 à propos de la contraception, et cela pourrait encore arriver sous le pontificat de François au sujet du divorce et des remariages.
Mais il y a encore un troisième scénario périlleux. C'est celui où François envisagerait réellement de changer les choses concernant le remariage et la communion sacramentelle, où l'on serait dispensé d'une annulation du mariage, dispense accompagnée ou non d'une peine de substitution temporaire.
Un telle volte-face ne se contenterait pas de faire grogner les conservateurs; elle menacerait tout simplement d'un nouveau schisme. L'Eglise compte de vénérés martyrs de l'indissolubilité du mariage chrétien, et son enseignement sur le divorce et l'adultère n'est pas seulement fondé sur la tradition et la loi naturelle, mais d'abord dans les paroles explicites de Jésus de Nazareth.
Ceci signifie qu'admettre à la communion sacramentelle des gens que l'Eglise considère en relation adultère permanente n'apparaîtrait pas juste comme un discret développement doctrinal. Il apparaîtrait comme une révolution majeure, comme une contradiction interne. C'est pourquoi le Pape François n'ira probablement pas jusque là.
Mais à partir d'un petit coup de téléphone, on peut parfois provoquer une grande crise théologique."
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